mardi 22 octobre 2024

D'un lac à l'autre

Cette nuit nous avons été rejoints par deux fourgons : nous sommes nombreux à utiliser une application sur smartphone pour trouver nos points de chute. Mais sans cette application, nous n'aurions jamais découvert ce petit coin en hauteur.
Ils sont arrivés tard ; nous sommes partis assez tôt et très discrètement. Les italiens dormaient encore mais l'indigène (il arborait une plaque d'immatriculation marquée 73) prenait déjà son petit déjeuner face au lac.

Il est beau ce lac. De nombreux parkings permettent de s'arrêter pour un moment mais nous ne traînons pas trop sur la petite route qui longe la rive. Direction la vallée de l'Ubaye : ambiance montagne automnale à base de mélèzes, torrents bien remplis, soleil parcimonieux, brumes en altitude.

C'est la nature qui est belle ici. Les humains, ils habitent souvent dans du gris, ça manque de gaieté, et si le centre de Barcelonnette se pare de couleurs, ça lui donne juste un petit côté cucul dans le calme de ce dimanche matin.
Et puis la route monte, les derniers villages attendent la neige pour couvrir leur grisaille, un ou deux hameaux et un fort de la ligne Maginot sont ventousés à la pente, le col de Larche donne accès à l'Italie et au mauvais temps qui ne nous quittera pas de la matinée.
Ça tombe bien : on roule. Là-bas, notre but c'est de lac de Garde et c'est loin, et cette petite route vers Asti, même quand on arrive dans la plaine, elle n'est pas bien roulante. Les villes n'attirent pas, la campagne toute plate non plus, il pleut, les alentours sont boueux, vivement une autoroute.

En voici une avant Asti. La société qui le gère a mis en place un système de péage via des caméras qui lisent les plaques d'immatriculation. Il faut donc s'inscrire ce qui nécessitera de passer une bonne demi heure à s'escrimer sur une borne de saisie en panne avant de traverser les voies par un long passage souterrain pour aller découvrir l'unique bureau où nous pourrons régler notre dû. Pratique !

Après, il restera quelques heures de route, encore, sur une autre autoroute aux péages classiques et à la circulation dense, et on trouvera notre petit coin nocturne à l'ombre d'un grand monastère, bien tranquilles et contents de laisser derrière nous ces deux jours de voiture. Nous n'avons pas encore vu le lac de Garde tout proche. Demain.

lundi 21 octobre 2024

Mais y'a pas que le sud-est

Ben, un peu quand même.
Nous y revoilà. Ah, ce n'est pas le même coin que pour notre dernière balade puisque notre première étape ce samedi soir est à côté du lac de Serre Ponçon, à peu de distance de Gap. Près de neuf heures de route depuis ce matin, c'est long.
Avant Gap, il y a eu Die, sa clairette dont la présence est matraquée sur tous les affichages possibles. On a ainsi croisé la route de la clairette, les hôtels, bars, campings, boutiques... Ah parfois, il était aussi question de Crémant, ça change.
Et avant, c'était le Rhône, c'était l'Ardèche, c'était la Haute Loire, c'était la superbe vallée de l'Eyrieux, et tous ces coins très beaux mais marqués , parfois blessés par les inondations des derniers jours. Les traces des crues sont là dans ces troncs coincés entre des piles de ponts, dans ces végétaux arrachés puis déposés en hauteur, et même si nous n'avons pas vu les routes inondées, le pont effondré, l'autoroute coupée, les trains qui ne circulent pas encore, c'est plus facile à imaginer sur place qu'en suivant les bulletins d'information. Les eaux roulent encore fortement mais elles sont bien redescendues.

Ce n'est pas un voyeurisme de circonstance qui nous a menés par là : nous partons vers l'Italie et après ce sera la Croatie où nous avons rendez-vous avec Do qui nous accompagnera pour quelques jours de tourisme. Ce sera samedi. D'ici là, on va se faire un programme italien.
Ce soir, une bière me donne le temps de profiter de la vue : le lac s'allonge entre les montagnes et remplit à peu près la vallée, les voitures circulent à la file sur un curieux pont tout plat qui semble à fleur d'eau dans le soleil couchant.
Ce sera notre tour de rouler sur l'eau demain pour rejoindre l'autre rive.

lundi 7 octobre 2024

Retour de Sospel

 

Nous n'avions pas envie de revenir en une étape. J'avais envie de passer par les Alpes du sud, de me perdre un peu dans ces paysages que je ne connais pas. Et puis après une semaine bien sédentaire, le besoin de marcher un peu dans la nature devenait impératif.

 


Aussi, après avoir déposé F. à la gare, nous avons rebroussé chemin vers Sospel, attirés par la Vallée des Merveilles plus au nord, une idée reprise d'une remarque entendue quelque temps auparavant (de la part de qui ?) et confirmée par un rapide coup d'œil sur la carte. Ces routes sinueuses qui s'immisçaient dans des vallées encaissées m'apparaissaient comme menant à autant de mondes particuliers.

 


A propos de routes sinueuses et de vallées séparées, la région entre Sospel et Vintimille parcourue plusieurs fois m'avait déjà donné un aperçu. Le fourgon se souvient encore d'une marche mal négociée dans un virage en épingle à cheveux : l'atterrissage a fait de petits dégâts qu'il a fallu réparer.

 

Menton est étonnante, une étoile de mer dont le cœur est vers la plage et les bras autant de vallées. Tout est urbanisé mais on reconnait les signes : les détours pour aller d'une vallée à une autre, les ruelles malaisées si on souhaite tenter un raccourci, les pentes qui relèguent les routes de notre Puy-de-Dôme à une amusette facile.

 

Nous y allons de bon cœur. Il pleut un peu, les nuages sont bas et la fraicheur ne nous dit rien qui vaille, le GPS affirme des durées étonnantes pour des kilométrages assez limités, les croisements peuvent faire serrer les fesses et les cols font penser au tour de France.

 

Turini : il y a là des parkings, une de ces petites stations de sports d'hiver si laide sans la neige, deux hôtels restaurants bars qui semblent tourner au ralenti. Nous choisissons au hasard celui de droite. Bon choix : les quatre tables disponibles au bar sont prises par un groupe de motocyclistes allemands, leurs casques, des papiers et des dossiers et deux hommes qui nous invitent à nous asseoir avec eux. Nous allons discuter pendant plus d'une heure avec Georges Belin et son acolyte qui ne se présente pas. Les deux sont bien sympathiques et se feront un plaisir de partager avec nous leur point de vue sur la région qu'ils semblent parcourir en tous sens. C'est surtout Georges Belin qui bavarde, photographe professionnel spécialisé dans la photo animalière, anti-chasse proclamé, amoureux de la faune qu'il guette tout au long de l'année, installé dans la région depuis des années.

 


Ils vont nous décrire leur Mercantour, nous confirmer dans l'idée d'aller à la vallée des merveilles par la vallée de la Gordolasque et nous conseiller un petit tour que nous n'avions pas prévu autour de l'Authion tout proche. Bien sûr, le mois de mai serait splendide mais nous sommes en octobre, le plafond est bas et le temps maussade.

 


On y va : les nuages qui étouffent parfois les reliefs n'empêchent d'appréhender la grandeur des paysages, les surfaces engazonnées font les pâtures de vaches peu frileuses, j'imagine les vachers durs à la tache dans cet isolement pas vraiment hospitalier. Pour arranger le décor, les ruines et les fortifications Maginot rappellent les combats qui se déroulèrent jusqu'à la fin de la deuxième guerre mondiale. Pour ce qui est de la gaieté, pour le côté jardiné de la nature, il faudra voir ailleurs.

 


Peut-être la Gordolasque : c'est le nom du torrent que la route longe comme elle peut. Ici, les résidences sont plus nombreuses puis elles se raréfient quand on prend de l'altitude. C'est au bout de la route que nous ferons une petite marche entre pâtures bien vertes et pentes plus sombres. Là-haut, les sommets sont à 2600 mètres environ. En bas, la cabane de "Belle et Sébastien" s'abrite sous un gros rocher, le chemin qui y mène est miné avec les bouses des vaches en semi liberté.

 


C'est vraiment dommage de se contenter d'une balade si courte mais nous n'avons pas le temps de rester. Nous n'avons pas envie de faire trop de route demain pour rentrer et Nice est encore tout proche, nous n'avons pas beaucoup progressé aujourd'hui. Il va falloir se décider à faire de la route, snober quelques perles comme Entrevaux, par exemple, rouler de nuit avant de passer la nuit à côté d'une rivière dont nous ne profiterons pas puisque nous repartirons tôt. Il faudrait ne pas avoir de rendez-vous mais garder davantage de temps.