dimanche 10 octobre 2021

La Guyane avant la Guyane

 


C'est la préparation du voyage. Savoir quelles chaussettes choisir est aussi important qu'étanchéifier le Saint-Nectaire qui (on l'espère) va faire plaisir à nos hôtes. Et les batteries pour les séjours sans, et les vêtements pour se protéger du trop, et les médicaments pour les manques de chance, et les guides pour en connaître un peu plus que notre ignorance actuelle.

On part de très bas. C'est inoui comme la Guyane semble un point aveugle de notre pays quand on vient d'apprendre que la plus grande frontière terrestre de la France nous sépare plus ou moins du Brésil, bien aidée par l'Oyapock.

C'est une France où on cherche de l'or, on chasse (sans permis) pour subsister, on remonte des fleuves malaisés pour le frêt, on fait vivre ensemble des peuples amérindiens ou créoles, on lance des fusées et on fait visiter d'anciens bagnes, on travaille plus difficilement et on chôme davantage, on (se) vaccine moins, on vit autrement, mais comment ? Dans trois jours, l'avion.

dimanche 5 septembre 2021

Visa pour l'image

Perpignan, mercredi matin, une (jolie) étape sur la route pour Visa pour l'image. Nous avons dormi dans l'unique parking exploitable que nous avons trouvé. Et nous avons été étonnés par la circulation dans la nuit : des voitures, des motos, des cyclistes, des coureurs avec des brassards lumineux, des promeneurs de toutes sortes qui s'aèrent tard et ne se lèvent pas trop tôt.

 

C'est sans doute trop tôt pour la foule quand nous partons ce matin. Perpignan elle-même s'avère accueillante pour le fourgon. C'est toujours bien tranquille quand on accède au festival. L'affluence viendra tout à l'heure, durant l'après-midi quand nous serons encore et toujours au couvent des Minimes où il y a tant à voir. Des expositions tellement diverses. On finirait par s'y perdre entre les travaux de Munier, de Bouvet parmi les photographes célèbres, les récits de réfugiés, de déplacés et d'autres guerres, et puis quelques récréations avec les mariages à Haïti, le Portugal...


La photo est-elle toujours triste au risque de n'avoir rien à dire ? Une des questions posées à Eric Bouvet par un membre de l'assistance quand il nous présentait 40 années de grands reportages en une salle et demie, une question sans réponse comme celle de savoir pourquoi il risque sa santé et parfois sa vie dans les coins les plus chauds.


C'est lui qui le dit : quand il s'est confronté à la famine, il n'a pas réussi, victime d'un véritable déni vis à vis de la situation qu'il voyait. Le mur de Berlin, il n'en a pas rapporté de bonnes photos, trop impliqué émotionnellement par cet événement qui semblait être le début d'une nouvelle Europe. 

La peur, elle doit rester bloquée au niveau du ventre et ne pas monter à la tête. Mais il admet que la tête le travaille quand même et le corps se souvient. L'enthousiasme est là ainsi que l‘énergie indispensables pour réussir. La culture, la réflexion, c'est mieux et il ne ferait pas les mêmes photos, et pas de la même manière qu'il y a quelques dizaines d'années. La solidarité lui fait citer des confrères. On voit qu'il possède bien le milieu. Même avec ces atouts, il n'a plus eu de commande depuis 10 ans. Il vit d'expos, de livres, de workshops. Et puis des vieilles photos ressortent pour les livres d'histoire alors qu'elles n'avaient jamais été publiées : fierté du photographe.

Et cette nouvelle génération de photographes dont il parle, qui l'inspire, qui travaille avec davantage de recul et plus d'empathie ? Je n'ai pas bien compris comment il la définissait : plus objective ?


A côté, les expos se succèdent. Le Bengladesh se noie et ses habitants perdent leurs terres ou leur toit. La Syrie, l'Arménie, le Birmanie, le Tigré, l'Éthiopie, Gaza souffrent ici aussi alors que l'esthétique des images de Munier frise avec la déco. Les chasseurs de trophées s'amusent au Texas ou paient très cher en Afrique, les Ameriguns collectionnent des arsenaux, les seniors du sport partagent leur enthousiasme, la cinquième République montre ses faiblesses, le télétravail se vit entre Bali et chez soi, et le Portugal, et les mariages pour une autre image d'Haîti, et ce que j'aurai oublié.

 

D'ailleurs, nous en aurons tant vu... Il faut bien s'arrêter en un moment. Nous revenons le lendemain pour la Syrie vie par des photographes locaux, certains mus par l'urgence de témoigner. Ces photos au plus près des habitants, elles nous ont beaucoup plu. On y a peut-être (pas sur) perdu un peu de professionnalisme mais le point de vue horizontal adopté ici apporte fraîcheur et provoque l'empathie

Une empathie ressentie aussi lors de la conférence avec Abidjian sur l'Arménie où les trois intervenants étaient pointus et nous étions assez ignorants.

A travers les écrits qui accompagnent les photos en Syrie, dans les discours des photographes plus âgés comme Abidjian et davantage reconnus comme Bouvet, la notion d'engagement est systématique. On a ressenti une urgence de la part des Syriens à documenter leur environnement meurtri, à faire savoir aux autres, à faire connaître pour après. La prise en compte de l'histoire, Bouvet l'évoque aussi avec le respect dû aux personnes photographiées dont l'image perdurera.

Et nous apprenons l'existence d'un festival off. Les tirages, le cadre ne sont pas les mêmes : des tirages sans verre et moins soignés, des galeries de circonstance dans des bistrots ou le centre d'art contemporain pour des œuvres de provenances très diverses. C'est la fête de la photo.





lundi 23 août 2021

Montgreleix

 D'abord, y a-t-il un "t" à Montgreleix ? La plus haute commune du Cantal domine des pâtures dévolues aux vaches et aux burons, à la frontière entre Cantal et Puy de Dôme.


On peut y voir actuellement une drôle de structure métallique, une sorte de portique dont les câbles d'acier soutiennent des rochers plus ou moins branlants formant un chemin d'équilibriste où un gamin ridiculise les adultes maladroits et craintifs. Nous sommes venus jusqu'ici au prétexte de cette œuvre, un élément des expositions Horizon organisées par l'Office du tourisme du Sancy. Et celle-ci est un jeu bien amusant dont la première pierre du côté de la descente nous a posé bien des soucis, à nous et aux visiteurs précédents, tous solidaires dans la maladresse.

Le Bourg lui même cache sous une apparence banale une place assez fréquentée et une église qui, aujourd'hui, accueille un public nombreux et chantant, étonnant. Tout ce beau monde s'est retrouvé autour du monument aux morts à la fin de l'Office pour une minute de silence et le discours de l'édile. Puis un petit groupe a emmené le père Joseph au café voisin.

 

 

C'est dans ce café que nous étions pendant la messe. Nous n'y étions pas seuls. Il y avait un client et le tenancier, quatrième génération des propriétaires de l'établissement ouvert vers 1884 (je ne me souviens plus de la date, j'indique celle de l'incendie qui détruisit la plupart des maisons du bourg), affable et placide. Il ouvre en été et gagne plutôt sa vie à Issoire en hiver. Ici, il n'a à peu près rien changé dans la déco et l'ameublement : le comptoir symbolique, les alignements de tables, les placards de bois pour ranger la vaisselle.. L'accueil bon enfant, le café est au filtre, le chocolat bien léger, les diverses boissons trônent sur la table du fond. 

L'ancien hôtel, les chambres, les écuries, les prés pour le foin, toute cette organisation passée n'est plus qu'un souvenir qui voisine avec les réminiscences de ce qu'était la fête du bourg, la Saint-Roch, qui avait lieu après le weekend du 15 août en des temps d'avant le Covid.

Un couple, touriste comme nous,  a eu la.mauvaise idée de s'installer à la terrasse où le service, eh bien, comment dire ? Les discussions avaient lieu à l'intérieur. On vous disait que l'endroit était convivial. Voir la page Facebook du propriétaire du lieu.  Une chouette adresse. On n'est pas les seuls à le penser.

 

Allez, on finit par un tour en extérieur.


mercredi 18 août 2021

L'Afghanistan, point de vue décalé ?

Discours de E. Macron lundi 16 août

Son discours sur l'Afghanistan et le moment particulier à propos des flux migratoires prévisibles dont il faudra se protéger (de mémoire, ce n'est pas la formule exacte) quand les Afghans auront trouvé une manière de sortir de leur pays montre qu'il anticipe - en politique - l'arrivée d'hommes qui souhaiteraient se réfugier chez nous.

Au moins les femmes ne seront pas un souci à envisager : en les mariant à 12 ans pour les violer dans leurs règles, les talibans ont trouvé une manière de les confiner à la maison. Pas besoin d'anticiper.

 Tiens, un article ici : https://www.dawn.com/news/1640774/to-afghans-with-nowhere-to-go

mardi 20 juillet 2021

Les objets du bato : à l'arrêt

Le mouillage


On se demande parfois pourquoi on a un bateau. Peut-être pour le plaisir d'un mouillage, que ce soit dans une cala sauvage ou près d'un port sympa.

Pour les curieux, l'ancre pèse une vingtaine de kilos, la chaîne en maillons galvanisés de 10 millimètres fait 70 mètres de longueur, ce qui représente... du poids !


Alors, pour relever tout ça, on a passé trois semaines à installer un guideau électrique cette année. Un bonheur ! On n'hésite plus à mouiller, à relever, à se déplacer de quelques dizaines de mètres. C'est vraiment facile : il faut appuyer sur le bon bouton et le moteur fait le reste.

La chaine est neuve, le guindeau est neuf ; il reste l'ancre qui date un peu. A priori, les ancres ont fait d'énormes progrès et nous envisageons d'en changer. C'est relativement cher.


L'annexe


C'est le petit bateau qui permet de rejoindre la terre quand nous sommes mouillés. L'annexe est la bonne à tout faire, les corvées sont pour elle, parfois en surcharge. Sur la photo ci dessus, on la distingue contre le quai de cette belle cala proche du cap Creus.


Il y a longtemps, nous avions fabriqué une annexe en contreplaqué qui était solide et parfaitement adaptée à la forme du pont, mais elle était lourde à mettre à l'eau, moins stable que le pneumatique que nous avons adopté ensuite.

L'annexe est poussée par notre deuxième moteur, toujours acheté d'occasion. C'est un petit hors bord qui se montre un peu capricieux cette année. Des problèmes de carburateur qu'il va falloir résoudre pour la prochaine navigation.

Les objets du bato : ce qui le fait avancer

Le bateau, la navigation, la mer, le vent, le temps qu'il fait, les rencontres aussi... Tout ce (beau) monde nécessite des investissements, en temps, en finances. Etat des lieux en quelques articles.

La mature

On n'a presque rien changé depuis l'origine. C'est un cotre avec la grand voile et deux focs devant le mat (sur la photo ci dessous, il n'y a qu'un foc). Le tout est ramassé et calculé un peu juste, surtout en Méditerranée où il nous faut naviguer avec des souffles assez légers.

Par contre, toujours pour la Méditerranée, quand ça piaule, c'est du costaud même si on reconnait que les plans de pont et de mâture sont maintenant mieux foutus et plus pratiques, par exemple pour virer de bord.




Le moteur

Il était là. Nous l'avons gardé. Nous savions déjà qu'une douzaine de chevaux pour presque huit tonnes en charge, ça serait bien juste.

Il est toujours là. Tous les ans, on évoque la possibilité d'en changer pour un plus gros, à la technologie plus moderne, mais c'est bien cher, et puis les travaux d'installation n'iront pas tout seuls.

A lui seul, il représente une part importante de la maintenance. Mais il tourne, il ne nous a pas lâchés, et sa consommation est faible, moins d'un litre à l'heure aux régimes que nous choisissons pour lui.

Bien sûr, ça ne va pas vite : 4 nœuds et demi par mer calme, et c'est tout juste si on ne recule pas quand il y a de la mer et du vent de face. C'est un moteur qui nous apprend à anticiper.

Et puis il nous aime bien. Nous nous méfions de son refroidissement, alors nous le faisons tourner avec les panneaux ouverts, il participe aux conversations. 24 heures de moteur représentent un vrai plaisir auditif.