dimanche 27 octobre 2024

Faut-il évoquer la Slovénie ?

Nous la traversons sans nous arrêter et n'en voyons pas grand chose. D'abord nous longeons les grands ports et leurs accès. Cette petite longueur de côté représente l'unique accès de la Slovénie à la mer, c'est vital pour les échanges commerciaux, et nous sommes surpris par les immenses parkings de voitures neuves qui attendent ici de trouver un distributeur.
L'endroit semble concurrencer le port de Trieste.
Et nous suivons une petite route vers le sud. Le relief est plus marqué, les bourgs sont perchés. L'entrée dans la Croatie ne révolutionne pas le paysage, les panneaux routiers changent, les radars et les limitations de vitesse se multiplient, les gens conduisent tranquillement.
Les distances sont courtes dans la péninsule de Pula. Poreč est à une quarantaine de kilomètres mais il faut presque une heure pour y arriver et se garer. Ce parking est à peu près plein et cher. Notre carte de crédit ne fonctionnera pas au moment de repartir, ou alors je n'aurai rien compris au mode d'emploi de la borne.
D'abord une balade : de jolis bâtiments, un pavage en pierre claire et trop propre, des vestiges romains, et personne ou à peu près.
La vieille ville s'est sans doute endormie à la fin de l'été.
Rovinj, plus au sud, vit beaucoup plus. Des lycéens sortent en bande, les gens du coin paraissent dans les rues, et les touristes parlent beaucoup en allemand. La région doit être bondée en été.
Entre Rovinj et Poreč, un fjord creuse profondément la côte entre deux rives couvertes de forêts où sont tracés des chemins de randonnée.
Nous ne descendrons pas à Pula pour admirer son superbe amphithéâtre : il faut nous rapprocher progressivement de Zagreb où nous avons rendez-vous demain matin. Alors, nous traversons la péninsule, ses paysages de moyenne montagne (doucement, limitations de vitesse variées et radars obligent).
Un arrêt à Dravig pour explorer les ruines d'un bourg fortifié et son château.
 Il faut imaginer 2000 habitants ici au Moyen Âge et puis l'abandon.
Les pierres ont été sécurisées, un chantier a remonté une partie en une maçonnerie très claire.
nous redescendons vers la Riviera adriatique (villas, hôtels, petits ports et panoramas sur le golfe et la longue ile de Cres) avant de partir en montagne trouver un coin pour la nuit en nous rapprochant de la capitale.

vendredi 25 octobre 2024

Quitter Venise

Quitter Venise et viser Grado, c'est un histoire de routes, des grandes puis des plus petites mais pas trop pourvues en virages puisque c'est aussi une histoire de lagunes et cette plaine qui est trop mouillée, trop grise, trop terne...
 Heureusement, au bout, après avoir traversé tant de bourgs à rendre neurasthénique, une grande route digue donne accès à Grado.

Grado, ça m'a fait penser à l'île de Ré si on l'a confiant à des Italiens. Un bassin intérieur pour des bateaux, des rues pour accueillir les touristes et pas grand chose à faire et puis, Italie oblige, ces grands immeubles pour loger les estivants en hauteur, ces constructions un peu partout histoire de pourrir le paysage.
Mosaiques à Grado

Après, on a Trieste. Ville industrielle, ville esthétique, une histoire parfois compliquée à la croisée des nations, et ne pas oublier le café que la ville s'enorgueillit d'avoir introduit en Europe. Je n'ai pas trop d'opinion sur Trieste que nous avons juste traversée en voiture. La place principale a l'air jolie et appréciée des touristes, les industries prennent de la place et la repeignent en gris sale, mais il reste des espaces pour jouer à l'optimist jusque tard le soir. On n'a rien vu de Trieste.
Par contre, on s'est arrêtés à Muggia, le dernier petit port de pêche d'Italie, et on a bien aimé. Les gens bavardaient dehors devant les cafés. Nombreux, les cafés et pas tous dédiés aux touristes maintenant absents. Ça discute sur les bancs, ça se connait au bistrot, ça aquarelle sur une table, un SDF vient sans façon utiliser les toilettes du bar, il ne pleut presque pas
D'ailleurs on va se poser sur le denier port avant la Slovénie. Dans l'angle le plus discret, deux vieux camping cars se racontent leurs souvenirs d'avant qu'ils soient abandonnés sous les feuilles qui s'accumulent. Nous profitons de leur immobilité pour nous glisser derrière eux.
Ici, les gens viennent pêcher sur la digue, pêcher sur leur petit bateau, mais ils ne viennent plus au camping voisin en cette saison. Tout est fermé, bâché.
Demain, la Croatie après une petite incursion en Slovénie.

Van, fourgon, camionnette aménagée

Au départ, c'était un fourgon Renault Trafic de plombier, un engin pas trop grand, pas trop haut. Ce genre de véhicule a l'encombrement d'une grosse voiture et roule comme une petite citadine. L'engin est prévu pour la circulation urbaine.
L'espace intérieur est limité. C'est une sorte de tente rigide sur roues, mais équipée d'un évier, un petit frigo, des coffres, un gaz et même un chauffage. C'est le top !

La pluie n'est pas toujours facile à gérer. Hier, nous étions absolument trempés. Il fallait s'efforcer de ne pas mouiller l'intérieur, de ne pas salir avec nos grosses chaussures boueuses, d'éviter de mélanger sec et humide, de tenter de faire sécher ce qui en a besoin en souhaitant que le temps s'améliore. Pour le reste, eh bien il faut se déchausser sous la pluie et le parapluie, faire égoutter les vestes avant de les rentrer, mettre en boule les affaires humides.

Et quand on a de la chance, on a accès à une machine à laver et on fait avaler tout notre linge à la vorace (8 kg, on ne la remplit pas) puis on tente le sèche linge qui ne se révèle pas bien efficace.

Mieux que le sèche linge mais avec de l'organisation : le chauffage à fond quand on roule. Avec un peu de ventilation, le linge mouillé sèche en haut, les chaussures en bas. D'accord, il vaut mieux aérer un peu parce qu'il fait vite chaud à l'intérieur.

jeudi 24 octobre 2024

Pas de côté à Venise

Pluies éparses qu'ils disaient à la météo ! Non. La pluie aura duré toute la journée, plus ou moins forte mais permanente, et la pluie, ça mouille, et nos sacs ne sont pas tellement étanches, et le parapluie n'est pas tellement grand, et Venise est humide dessous, autour et dans l'air. Il ne fait pas beau.
  
Avec l'embarcadère à cinq minutes à pied, puis un gros quart d'heure de navigation, la cité est vite accessible. Nous n'avons pas vu grand chose du trajet à travers les vitres trop embuées et nous avons débarqué dans le clapot permanent provoqué par la cicurlation intense. Des bateaux de toutes sortes transportent du carburant, du courrier, des colis, des gravats, des policiers, des pompiers, des touristes, rien ou quelque chose qu'on ne sait pas mais ils voguent de bon cœur dans la lagune.
On les retrouve dans les canaux où ils vont un peu moins vite mais encore assez rapidement pour provoquer des vagues qu'on imagine martyriser les fondations des immeubles.
Ces immeubles n'ont pas toujours une apparence soignée, les murs sont parfois lépreux et Venise reste toute propre et bien soignée seulement dans certains quartiers. C'est aussi là qu'on retrouve la plus grande concentration de touristes.
Aujourd'hui, ils sont généralement sous des parapluies.
D'autres quartiers sont moins fréquentés : peut être est-ce un effet du mauvais temps, peut être sommes nous déjà hors saison, ou bien les gens se regroupent autour des musées les plus connus ? En tout cas, les différences entre les quartiers sont nettes. Certains bouquets d'immeubles récents seraient transposables dans d'autres villes banales ; certaines rues auraient besoin de soins ; des façades fatiguées semblent abriter de superbes logements et des jardins protégés quand d'autres n'ont aucune prétention au luxe.
Des gens vivent là et supportent des conditions particulières : l'afflux touristique bien sûr, les escaliers des nombreux ponts sur lesquels les cabas à roulettes peinent, la distance pour trouver un magasin, les crues qui seraient plus fréquentes et pour lesquelles des passerelles sont prêtes à être installées ainsi que des protections de bas de portes, les odeurs pas toujours très fraîches. Vivre à Venise est un engagement.
Et ça fonctionne. Le matin, les éboueurs passent en poussant leur chariot. Ils crient pour prévenir et parfois, on jette une poubelle de l'étage, ou on la laisse derrière une porte, ou on l'apporte en main propre.
 Dans la journée, les livreurs s'approchent avec une barge puis continuent leur livraison avec des chariots adaptés qu'ils manœuvrent pour passer les marches.
 Le soir, des écoliers crient et jouent au retour de l'école.
Nous avons repéré quelques magasins pour les gens d'ici, outillage, coiffeurs, et quelques affiches pour des activités sportives mais aussi des vitrines condamnées, des commerces de proximité abandonnés.
C'est sans doute fait un petit pas de côté par rapport au vécu de nombreux visiteurs. Notre balade dans les rues a soigneusement évité les musées et monuments dont les files d'attente nous faisaient fuir au profit de quelques arrêts café ou snack dans des lieux qui paraissaient sympas.
L'arsenal nous a impressionnés, c'est un vaste quartier clos et protégé, maintenant largement occupé par l'armée (ou la police ?). C'est ici qu'on aurait inventé une forme de travail à la chaîne : il fallait produire en quantité ces bateaux qui on fait la force de la cité. La place Saint Marc aurait été plus agréable sans la pluie, mais on commençait à en avoir assez de se faire tremper.
Nous n'avons pas vu Venise la nuit : c'était pourtant au programme et la pluie devait parfaire l'esthétique de la ville mais l'appareil photo prenait la buée, nos dos prenaient l'eau, et l'averse était de plus en plus forte. Retour au fourgon pour sécher un peu.

A l'approche de Venise

On y va progressivement. Aujourd'hui, c'est la Brenta au programme. Il s'agit de suivre la route qui longe le canal et de faire quelques arrêts vers les villas les plus accessibles - et célèbres comme la villa Pisani.

Elle est immense, le propriétaire s'est inspiré de Versailles et il avait 10 hectares de terrain à sa disposition. On ne faisait pas les choses à moitié quand on était fortuné au XVIII°.
Pour notre part, on va laisser tomber la visite du palais : 14 € pour admirer les remaniements laissés par Napoléon quand il a acquis cette maisonnette, ça nous semblait onéreux. Et les jardins à 8 €… on appelle ça un piège à touristes (j'avais en tête une expression moins policée).
Alors le labyrinthe inaccessible, les immenses pelouses parcourues par les tondeuses, les salles inaccessibles, on a vu tout ça et on ne reviendra pas.
On continuera le long de la Brenta avant de bifurquer vers Chioggia sur un long pont digue au sud de la lagune.
En réalité, nous nous garons sur un parking libre et gratuit de Sottomarina. C'est l'heure creuse, il y a des places et c'est à deux pas de l'île de Chioggia accessible par plusieurs ponts.
Sottomarina dort hors saison. Elle ne nous offre pas grand chose : des plages privées à perte de vue, quelque supermarchés et des immeubles pas toujours soignés. La population semble partagée entre ceux qui fréquentent Aldi et les autres qui sortent du complexe sportif "piscine et fitness" de l'autre côté de la rue. Même leurs vêtements trahissent le côté de la rue où on les trouve.
Chioggia est plus proche de l'idée qu'on se faisait d'une île de la lagune. Bien qu'elle soit accessible en voiture, ses ruelles étroites n'incitent pas à la conduite rapide. Une grande avenue tranche le bourg. Là, c'est clair, large, aéré, bordé de restaurants et d'immeubles imposants. De chaque côté, c'est étroit et sombre ; il faut attendre de buter sur le prochain canal pour espérer la terrasse d'un café ou d'un restaurant.
Et les canaux sont animés ici. La pêche est omniprésente, depuis le chantier naval et les hauturiers jusqu'à la petite barcasse. Ça vit, un chalutier accoste pour décharger, une barque se glisse dans un espace à peu près libre, un pêcheur revient chez lui avec un seau et trois poissons, une femme l'interpelle du troisième étage pour qu'il nous montre ses prises.
Nous allons passer l'après midi dans une errance tranquille, passer d'une rive à l'autre en escaladant ces drôles de ponts bien bossus, boire un espresso bruyant en italien... Rien d'extraordinaire mais une bien belle découverte. J'ai peur que Venise ne fasse bien plus artificielle demain.

mardi 22 octobre 2024

La Vénétie telle qu'on la survole

Sirmione la touristique, des parkings immenses qui se remplissent progressivement. A midi, ce sera à fond. Des rues commerçantes un peu comme partout, une forteresse les pieds dans l'eau, une école, un monastère, des gens qui semblent y vivre à l'année et les touristes comme nous.

Sur la carte, la presqu'île de Sirmione nous attirait bien, suffisamment pour faire trois quarts d'heure de route en revenant sur nos pas. Finalement, ça ne les valait pas, ces trois quarts d'heure malgré les commentaires des guides lus avant la visite et la forteresse avec son port intérieur.
Et puis j'ai mal au dos, suite d'un entraînement un peu dur. Alors Savone, on va l'éviter.
D'autant qu'il est assez complexe de se déplacer dans les villes. Il peut y avoir trois sortes de restrictions qui s'appliquent - ou non - selon les circonstances comme des alertes à la pollution, selon la saison avec des horaires restreignant l'entrée et valable pour la saison hivernale qui commence le premier octobre, ou dans le périmètre de zones à faible émission. Il y a de quoi s'y perdre un peu.
Nous partons pour Vicenza pour une balade dans la ville. Les palais du seizième siècle dans le centre historique rivalisent de facades conçues par le génie de l'architecture local : Palladio.
Le style est inspiré par la Grèce et décoré de baroque, et le mélange est parfois hardi. Ce n'est pas toujours facile de se rendre compte de l'aspect des façades depuis des rues étroites sans recul.
Dernière étape de ce lundi à la villa Contarini, sur le canal de la Brenta. Cet immense palais égrène ses pièces en enfilade sur plusieurs étages. Là encore, c'est le seizième, avec un propriétaire huit fois doge de Venise, le besoin de paraître, d'éblouir les invités alors les pièces sont décorées de peintures murales très diverses mais toutes assez chargées, accompagnés de stucs et de mosaïques.
Une bibliothèque splendide, un auditorium sur deux étages dont le plafond est adapté, la vie sur les extérieurs par de grandes ouvertures qui donnent d'un côté sur l'espace des jardins dont il ne reste qu'un grand gazon.
De l'autre côté , une grande place en demi cercle est bordée par les greniers pour les récoltes du domaine qu'on devine immense.
A moins que j'aie mal compris et qu'il y ait là du commerce ? La guide était accueillante mais l'italien reste dur à comprendre.
Et la Brenta ? Elle est juste devant, pas très large et canalisée. Il s'agissait d'apprivoiser ce cours d'eau trop susceptible, coupable de crues ou de favoriser les épidémies, alors on en a fait un ornement et on a ménagé un bassin dans lequel on pouvait recréer des joutes où gagnait... celui qui le devait selon la politique du moment - si on a bien compris.
La nuit tombe tôt et il est temps de trouver notre abri pour la nuit : un parking dans la nature à côté d'une usine dont le ronflement permanent va sans doute nous accompagner.