jeudi 8 juin 2023

Bye bye les îles de la Maddalena

La cala Garibaldi, à l'ouest de Caprera aura été juste un stop pour y passer la nuit. Nous avons navigué hier après midi dans un bon vent qui nous a menés jusqu'au bout, puis nous avons un peu hésité sur le lieu où poser l'ancre. C'est que les bateaux sont nombreux désormais. C'est d'ailleurs étonnant : l'an dernier, nous étions là fin juin et il y avait moins de monde.
La météo prévoit du vent d'est dans la journée. Nous avons donc décidé d'en profiter et de traverser les Bouches de Bonifacio. Il nous faut remonter au nord des eaux italiennes et virer plein ouest, passer les Lavezzi puis remonter encore vers la Corse. Quant à savoir où nous nous arrêterons ce soir, ça dépendra : du vent, du monde, de la place libre.
En attendant, c'est une étape rêvée avec un vent portant léger pour rejoindre les Lavezzi. Un vent qui va se renforcer et on avance bien ensuite pour passer au large de Bonifacio à plus de cinq nœuds, ce qui représente quand même à peu près neuf km/h, avec des pointes encore plus rapides parfois, ce n'est pas rien :-)

mardi 6 juin 2023

Porto Palma à Caprera

On l'aime bien ce mouillage de Porto Palma, une grande baie bien arrondie avec une bonne accroche pour les ancres et un environnement assez joli. Une grande école de voile dissimule ses bâtiments dans le maquis et fait circuler ses voiliers au milieu des bateaux à l'ancre. Les plages sont trop éloignées pour attirer en nombre.
Un chemin carrossable de sable, de trous et de chaleur relie l'école de voile à la route principale. L'île de Caprera est reliée à la Maddalena par un pont, ce qui explique la circulation.
Tout près de la route se trouve le hameau de Stagnali : quelques maisons qui sont plutôt louées aux estivants qu'habitées à l'année, un port pour les embarcations qui desservait l'île au temps de l'occupation militaire, un musée. Nous sommes venus plusieurs fois ici ; c'est notre première occasion de visiter ce musée que nous pensions abandonné.
Aujourd'hui, une réception a lieu pour fêter, euh… J'ai pas bien compris. Toujours est-il qu'il y a un buffet,, des discours, des anciens combattants, d'autres plus jeunes qui paraissent savoir pourquoi ils sont là et nous qui demandons si c'est ouvert.? "Oui, oui, mais désolé certaines parties sont prises par la cérémonie, il faudra être un peu discret, bienvenue"
Nous sommes pris en charge par deux dames, membres de l'association qui gère le lieu. Elles vont nous guider dans les deux salles principales. SI le sujet principal est la minéralogie, d'autres aspects de l'archipel sont évoqués.
Nous retrouverons ainsi des points de vue de Villamarina et sa carrière de granit. Sur ces vues en noir et blanc, les bâtiments sont fonctionnels, les nombreux ouvriers posent pour le photographe avec les outils à la main, juchés sur des pavés plus grands qu'eux. Le granit local était parait-il réputé pour sa dureté et s'exportait en Egypte, au Chili, et ailleurs. Une autre carrière existait à Caprera. L'extraction s'est tarie à la fin des années 60 avec la concurrence d'autres granits meilleur marché.
Nous avons navigué au milieu des fossiles, des schémas géologiques, des roches de la Sardaigne et, plus spécifiquement, de l'archipel. Même la variété des sables était mise en valeur dans une trentaine de cases exposées les unes à côté des autres. Etonnant. Etonnante aussi l'évolution de la plage rose de Budelli maintenant interdite à la fréquentation parce qu'elle se décolorait. Ce sont des micro organismes fixés sous les posidonies échouées qui coloraient le sable et la foule, les piétinements, la crème solaire, les ramassages généraient une érosion. Vingt ans après, le sable est redevenu rose.

Question présentation, on n'est pas au plus moderne, non, mais ça se veut assez exhaustif et ma mémoire n'y résiste pas ; il faudrait réviser. Merci pour l'accueil.
D'autres balades (les dames du musée nous ont fourni une carte d'état major bien pratique de Caprera) dans la journée qui se passe sans pluie - incroyable ! Il y a eu des passages nuageux, bien entendu mais rien de plus. (Le panneau solaire a pu alimenter la glacière : la bière sera fraîche ce soir)
Les chemins mènent souvent à des fortifications, érigées en masse, semble-t-il, à la fin du dix-neuvième. Ils longent d'anciens habitats maintenant en ruines. L'île était peuplée et pas seulement de chèvres.

Un p'tit tour pour les courses

 
Je sais bien que la Sardaigne est elle-même une île. Mais nous étions sur des îles toutes petites, de ces territoires dont on fait rapidement le tour, et là nous avons mis les pieds sur une région plus grande que la Corse, nous avons quitté les îlots.
Il n'y avait plus de pain, plus de fruits, la bière commençait à s'épuiser, le beurre aussi.
Cannigioni semble bien protégée au fond de son fjord mais le port laisse échapper des Italiens en pneumatiques et l'italien en bateau à moteur génère des vagues, on l'a déjà dit, surtout quand il est tout content de sortir. Alors il va tout droit, et tout droit, ça nous fait des vagues, parce que nous sommes mouillés là, avant le port. C'est largement supportable en cette saison, ça doit être l'enfer en été.

La ville elle-même est bâtie au dessus du port. Des maisons les pieds dans l'eau, puis des maisons individuelles, des rues, des estivants et un marché. Et notre chance est d'avoir pu faire notre tour, nos courses et d'être retournés au bateau avant l'orage. Pluie, tonnerre...
L'après-midi, nous ne resterons pas. Nous filons à un peu plus d'une heure de là, sur l'île de Caprera, à Porto Palma plus exactement. Ce n'était pas une idée originale. Il y a du monde au mouillage. Nous retrouvons la foule en même temps que le soleil. C'est l'été, et Porto Palma commence à ressembler à un camping.

dimanche 4 juin 2023

Cala Villamarina

 Cala Villamarina


Le vent souffle en rafales, l'averse cache les environs, vérifier les amers est parfois compliqué quand le bateau renâcle trop.


Les amers, ce sont les alignements qu'on prend à terre, un rocher avec l'angle d'une maison par exemple, pour vérifier qu'on ne recule pas, que l'ancre n'a pas lâché. Il en faut plusieurs parce que le bateau ne reste pas en place, il ne tire pas sur sa laisse en ligne comme le ferait un chien fugueur mais il part d'un côté, de l'autre, avant de revenir pour mieux bouger encore. Le seul point fixe, c'est l'ancre, en principe.


C'est l'orage. La météo prévoyait de fortes rafales sous orage… Elle avait vu juste.
Nous sommes abrités sur la rive sud de l'île San Stefano, face à Palau, la grande ville qui dessert les iles Maddalena, plus exactement dans la cala Villamarina. Ici, le paysage est moins somptueux que dans d'autres recoins des îles où le sable colore joliment l'eau en bleu sous les rochers gris ou rougeâtres. Cette cala nous a semblé moins fréquentée que d'autres pour le weekend et bien protégée.


Parce qu'il n'y a pas que le temps à anticiper mais aussi les milliers de bateaux en vadrouille. Nous avons fait le bon choix. Seules deux petites vedettes nous ont tenu compagnie cette nuit, et la cala profonde nous a bien abrités des rafales.


Ici, on chargeait les pierres extraites des carrières de l'île. La plus proche surplombe le mouillage. On y découvre les éléments incomplets d'une statue commandée par Mussolini. L'histoire s'est arrêtée en 1943 et la tête qui contemple la Sardaigne n'a aucune chance de se jucher un jour sur le torse renversé à côté.


Des nombreux bâtiments ruinés que compte l'île, certains donnent l'impression de n'avoir jamais été terminés. Quelle a été leur destination ? A quelle époque ?


Pour certains c'est plus clair : ce fort a été conquis brièvement par Bonaparte, alors lieutenant-colonel, dans l'intention de menacer la ville de la Maddalena ; cet immense hôtel et village de vacances fonctionnait encore en 2019, on trouve des commentaires d'ailleurs assez peu flatteurs sur le Net. Toute une zone de l'est de l'île a été occupée par la marine américaine pendant quelques décennies.



Trois îles et nous au milieu


Qu'est ce que c'est calme ce matin. Il fait soleil. Nous sommes entourés par ces rochers plats qui forment les îlots les plus proches. L'eau est tranquille. Quelques bateaux montrent des signes de réveil.
Nous ne sommes pas encore nombreux dans ce grand mouillage mais c'est le weekend.

Tout à l'heure, ce sera infernal avec l'afflux de bateaux pneumatiques qui ancreront en vrac sur la langue de sable proche, et puis les vedettes arriveront suivies des voiliers basés dans les ports les plus proches. Il y aura des cris partout, du remous créé pas la circulation incessante et le goût des italiens pour les trajectoires les plus directes même si elles sont trop proches de ton bord. Alors ça hurle, ça remue, c'est insupportable pour nous et un paradis pour eux qui profitent du soleil et de la baignade.

 
Quel contraste avec hier en fin d'après midi quand la pluie menaçait. Tout le monde ou presque était parti. Et nous avons marché seuls sur l'île Santa Maria.
Cette île est la seule habitée. D'abord deux ou trois maisons et un hôtel du côté de notre mouillage à l'ouest. Un sentier traverse la partie resserrée de l'île pour déboucher sur une belle plage et un hameau à l'est. C'est l'endroit des bains de soleil, de la foule qui bronze et des débarquements des vedettes qui crachent leurs estivants, mais quand il fait beau, en été. C'était paisible.


Trois hommes bricolaient sur une annexe, un chien est venu nous voir, rappelé par son maître.

Difficile d'imaginer une autre ambiance. On voit toutes les maisons barricadées. On se demande si ce sont des locations saisonnières.


Après une balade jusqu'au vieux phare, tout au bord de l'île, nous sommes revenus au bateau, toujours dans ce temps orageux qui nous plombe depuis des jours.


vendredi 2 juin 2023

Bonifacio


Ca fait très longtemps que nous n'étions pas retournés à Bonifacio. Et nous avons eu tout un tas de bonnes raisons pour y aller :
- le vent ne voulait pas nous laisser aller vers les îles de la Sardaigne. On avançait bien mais pas tout à fait dans la bonne direction ;
- la calanque de la Catena, juste avant le port proprement dit, dispose d'un mouillage organisé moins cher ;
- avec l'annexe, on peut aller acheter ce qui nous manque : du gasoil, de l'eau, quelques provisions (un minimum parce que les prix à Bonifacio sont... particuliers)
- il est temps de faire un peu de lessive ;
- enfin, la ville nous a laissé un bon souvenir.

Pas seulement à nous. C'est la foule à Bonifacio, en bas autour du port, en haut vers la citadelle, sans doute dans les environs mais nous sommes à pieds et n'irons pas très loin.


En bas, c'est la fête, les restaurants à l'aise sur les quais, les gens qui se baladent, ceux qui vont monter dans une des multiples vedettes qui proposent des croisières rapides dans les environs.


En haut c'est le tourisme quand on porte plutôt des baskets pour déambuler dans la vieille ville, faire les boutiques à touristes et les restaurants coincés dans les ruelles.

Les immeubles gris compensent en hauteur le peu de place, les rues restent assez sombres d'autant que le jour manque de soleil, les batiments historiques s'appuient sur leurs voisins, tout est resserré et d'un coup l'horizon s'ouvre sur la mer, le panorama s'offre largement depuis le haut des falaises.

Entre les deux, la pente fait souffrir ceux qui ont perdu l'habitude de l'effort physique, à moins qu'ils n'aient choisi d'aller se garer tout au bout. C'est étonnant de voir que la voiture ainsi privilégiée alors qu'on la bannit de noubreuses villes.


D'ailleurs, au bout, on peut trouver aussi une crèche moderne avec une aire de jeux et un cimetière aux allures de village de vacances.


Bonifacio s'enorgueillit de son passé de citadelle imprenable et autonome, de son port protégé par un fjord resserré, de sa situation sur le trajet des routes maritimes. C'est une chouette ville et tout le monde semble le savoir.

Une petite bande d'adolescents occupe la laverie onéreuse où nous faisons notre lessive. Ils chahutent un peu, s'assoient éventuellement dans les tambours des machines, s'ennuient sans doute, s'avèrent  plutôt sympas, tout comme nos voisins de la Catena, une petite communauté. L'été, quand le port est saturé, ça doit être l'enfer.

jeudi 1 juin 2023

Personnages

 La bande de potes
Ils naviguent entre copains, ce sont souvent des hommes à deux, trois ou quatre sur un bateau. Quand ils sont plus nombreux, le bateau est loué, plus grand, l'équipage est mixte et plus jeune. Ils ont prévu un trajet particulier, passent régulièrement un moment ensemble, entre potes. Ils téléphonent à la maison régulièrement, donnent des nouvelles, en prennent en retour, et sortiront au restaurant tout à l'heure.
En famille, ils seraient plus précautionneux avec la météo. En groupe, ça ira, ils peuvent assurer. "On est là pour faire de la voile, pas vrai ?" Ils sont en général dans la situation inverse des solitaires, ils bougent beaucoup et ne craignent pas d'aligner les journées de navigation sur une période limitée.

Les femmes de...
Elles n'ont pas choisi le bateau. Elles, elles auraient préféré le camping-car, la maison avec la famille, un voyage ou quelque chose de sportif mais voilà, elles ont un mec qui fait de la voile.
Alors, elles l'accompagnent parce ce qu'il le faut bien, sans enthousiasme excessif. Ce sont elles, sans doute, qui feront rater la manoeuvre que monsieur avait planifiée ; le bateau les crispe, leur mec commence à les exaspérer, les conditions ne sont pas favorables.
D'ailleurs, certaines ne font rien, c'est plus simple. Elles se font balader et on a invité des potes pour être en société et pour ¹la manoeuvre. Et puis on est plus rassurés à plusieurs. Attention, on n'est pas dans la configuration de la bande de potes ; il ne s'agit pas là de naviguer trop ; le restaurant le soir est préférable mais les apéritifs et les repas en commun sont autant d'occasions de moments conviviaux et agréables.
Leur crainte du mauvais temps rassure leurs mecs qui ne sont pas obligés d'hésiter quand la météo est indécise.
Enfin, certaines ont abandonné. Elles laissent leur mari partir avec une bande de copains et font autre chose, un voyage entre potes en camping-car, ou elles bossent et prendront leurs congés à un autre moment.

Les couples de navigateurs
Ils peuvent avoir des enfants ou naviguer à deux, ils sont d'accord pour les escales et les décisions, se partagent les taches ou sont capables, plus rarement, d'intervertir les rôles. Ils peuvent avoir des gros catamarans bien onéreux ou de petits voiliers côtiers mais vivent ensemble leur croisière, modeste ou ambitieuse, c'est selon.
Les rôles peuvent être figés et monsieur commande quand madame subit. Ca peut même gueuler quand, évidement, c'est elle qui n'a rien compris. Je n'ai pas encore vu de femme engueuler son mec en public lors d'une manoeuvre laborieuse.

Solitaire amarré
On rencontre souvent des solitaires habitant des bateaux ancrés dans les mouillages protégés proches des ports. Ils restent là un moment ou bien la saison complète si la protection est bonne. Certains travaillent à terre comme saisonniers et vivent ailleurs le reste de l'année après avoir économisé ici. D'autres sont simplement moins pressés que les vacanciers qui courent d'un spot à un autre, désireux de profiter de chaque parcelle de leur temps libre. Ils restent quelque temps puis lèvent l'ancre quand on s'était habitués à leur présence et disparaissent simplement.
Ce sont des jeunes qui ont trouvé une coque pas trop onéreuse à retaper, des plus vieux qui accompagnent leur embarcation depuis des années. Ce sont des bateaux en plastique achetés d'occasion, des bateaux plus anciens faits avec soin et entretenus depuis. Il y a là des rêves revus à la baisse, des envies de coolitude, des situations personnelles...
Avec l'annexe attachée derrière, ils sont chez eux. A quoi peuvent-il passer leurs journées ? Avec l'annexe cadenassée soigneusement, toujours au même endroit jour après jour, ils ont une occupation à terre, régulière et sans doute rénumératrice.