samedi 11 juillet 2020

Porto Vecchio


Pour nous, c'est d'abord un grand golfe à l'eau trouble qu'il faut remonter un moment en faisant attention aux fonds. En faisant attention aux fonds parce que ces fonds remontent loin du bord. En faisant attention aux fonds même quand on est sous pilote automatique à 4 nœuds. Il y a un banc couvert d'un mètre d'eau, et on ne l'a pas repéré. La quille a tapé avant, à 1,50 mètre environ. Arrêt net sans être brutal. Notre premier comme ça. Il nous est arrivé de jouer un peu avec un fond sableux mais jamais sur autre chose. C'est une première. Nous sommes repartis un peu plus au large en faisant davantage attention au sondeur et à la carte.


Il faudra plonger pour repérer d'éventuels dégâts sur la quille mais les eaux ici sont trop chargées.
Après cet incident, nous allons mouiller devant le port de la ville. Comme souvent, le port c'est la zone du bas, bien à l'abri dans le golfe, proche des anciens marais salants. Et puis la ville c'est en haut, plus à l'abri au temps tumultueux, plus au vent pour un peu de fraîcheur. Il fait chaud.


En haut, c'est vite fait : des vieilles rues sans caractère particulier au contraire de l'église climatisée qui se distingue avec des images pieuses sur écrans numériques pour cacher les bouches d'aération. Après, il faut récupérer un peu de quête comme le montrent ces bougies électriques à 2 € qu'on n'emmène pas. Porto Vecchio catholique, c'est déjà l'économie dématérialisée où ce qu'on vend n'est pas retiré d'un stock, où ce qu'on achète ne t'appartient pas.


Dehors, un tour dans les rues tapissées de boutiques à touristes et de restaurants, un tour vers les glaces, un autre au supermarché, un troisième pour faire un peu d'eau et nous voici de retour au bateau.


Rester dans l'entrée du port, victimes des vagues des bateaux à moteur ne nous tente pas tellement et nous allons passer la nuit dans l'anse Stagnolo dans la partie nord du golfe, proches de l'endroit tâté par notre quille peu de temps auparavant.


mercredi 8 juillet 2020

Italiens bicoques


Les catamarans sont en train de conquérir le monde, peut-être pas le monde entier, mais celui de la plaisance. Voiliers de propriétaires, locations avec ou sans équipage, ils représentent un tiers des bateaux de la Rondinara ce mardi soir.

Et le plaisancier sur son (grand) catamaran ne fait pas les choses à moitié : les manœuvres peuvent être brutales, comme si voir le monde de haut provoquait un excès d'utilisation de la puissance.
Mais ils ne voient sans doute pas la situation ainsi. De leur point de vue, il semble que le faible tirant d'eau de leurs engins leur fasse en sous-estimer l'encombrement. C'est ainsi qu'on les voit tenter de se glisser dans le moindre interstice.

Quand ils sont italiens, c'est parfois pire. La promiscuité dans les mouillages semble davantage acceptable chez certains italiens que pour la majorité des français. Et le catamaran qui vient de se poser juste à côté de nous renforce mes préventions. C'est comme si des voisins venaient de bâtir un balcon donnant juste sur votre séjour. Bien le bonjour chez vous...

mardi 7 juillet 2020

Rondinara


C'est une baie toute ronde entre les Bouche de Bonifacio et Porto Vecchio, bien abritée, très fréquentée, très jolie. Un seul caillou piège le fond : couvert de moins d'un mètre d'eau, il est parfait pour endommager des coques et n'est pas signalé. Pourquoi le serait-il ? Par qui ? Les locaux techniques du parc naturel marin sont à 100 mètres de l'eau, dans le plus beau coin, sous forme d'un petit hameau charmant. Les voitures sont jolies, du genre hybride Toyota siglées du parc. Le chemin acrobatique qui mène les baigneurs à la plage serpente le long de la clôture de la propriété qui est cachée par la végétation. Sincèrement, qui pourrait signaler la roche par une petite bouée ?


Ils ne sont pas méchants, au parc. Avec leur grand zodiac, ils passent vérifier que tout se déroule dans les règles, entre plaisanciers, baigneurs, pédalos... Le côté sud-ouest de la baie est aménagé : parasols, terrasse, peut-être un restaurant, en tout cas un long ponton pour pouvoir accoster au moteur ; c'est interdit partout ailleurs. Le côté nord est resté dans l'état dans lequel on l'a connu la première fois qu'on a mis l'ancre ici, il y a bien une quinzaine d'années.


Au-dessus, une route étroite passe vers un camping et un village de vacances 4 étoiles. Nous sommes en Corse ; c'est touristique ; il fait chaud. Depuis notre départ, c'est la première fois que nous sentons l'affluence estivale.



lundi 6 juillet 2020

L'île de Cavallo


Le bateau est mouillé dans une anse bordée de gros rochers ronds et de maisons de toutes sortes, à l'abri d'une île dont on fait le tour à pied en une ou deux heures, dans des paysages magnifiques, mais nous sommes... en banlieue.


La banlieue PSP+ d'une ville miniature et endormie avec des immeubles, des hôtels, des appartements de location, des voiturettes électriques, un port aux trois quarts vide.


Il y a des routes cimentées, des chemins carrossables, une vieille piste pour les avions, une bande d'herbe brûlée abandonnée depuis l'utilisation des hélicoptères. Et quelques fourgons d'artisans italiens pour entretenir les villas les plus soignées, du côté est de l'île, là où nous sommes.


Qu'est-ce qu'on doit les embêter à venir ainsi planter une ancre sous leurs fenêtres. Ce n'est pas que les propriétaires semblent souvent sur place mais la proximité de Bonifacio, Porto Vecchio au nord, ainsi que les villes de Sardaigne au sud, cette proximité explique le nombre et la diversité des embarcations qui fréquentent le mouillage.


Ca va du yacht avec équipage au pneumatique familial muni de sa glacière, les jet-skis sont de la partie, les voiliers de l'école de voile de Bonifacio, les hipsters , les vedettes à moteur adeptes du pique-nique rigolard et pas très discret. 


A propos de discrétion, une mention spéciale pour un pneumatique poussé par trois moteurs de 300 chevaux chacun, occupé par des beaux mecs et des belles nanas. Différence, différences, les mecs discutaient et buvaient des canettes, les nanas portaient le minimum et se trémoussaient sur la plage arrière dans les vibrations de la sono. Dans la baie, parce que, dehors, tout était plus sage sur les vagues et loin des spectateurs. Il est toujours difficile d'imaginer ce qui fait agir des gens qui nous sont bien étrangers, ceux-là comme le propriétaire dont deux employés s'occupent pour un peu de ski nautique "solitaire".


L'île elle-même est un mystère : les investissements du port, les hôtels, le côté préservé avec les voiturettes électriques, la mutilation du cadre de vie, ce n'est pas aussi surprenant que le peu d'activités et la proximité des villas dont on imaginerait les propriétaires exigeants quant à leur environnement.


Tout ce qui est collectif fait un peu fatigué, dans cette île à l'occupation désordonnée, de nombreux bâtiments  ont été abandonnés bien avant l'achèvement de leur construction. Sur la côté ouest, c'est un village entier qui n'est plus que ruines à côté d'un village de bungalows en préfabriqué (pour les employés ?). A croire que des investisseurs se sont employés consciencieusement à saloper l'île.


Ca plaît pourtant : il y a des voiturettes pour transporter quelques estivants, des hélicoptères pour des résidents, des clients sur certaines chaises longues de l'hôtel du port. Mais pas plus, c'est morne et on rencontre davantage de personnel que d'estivants.


Juste en face, la Sardaigne et les îles de la Maddalena, à côté les îlots des Lavezzi, cimetière de la Sémillante, entre beaucoup d'autres. Nous sommes encore dans les Bouches de Bonifacio. Il fait du vent et l'ancre a bien croché. Nous allons rester là pour la nuit. Qui a éteint les cigales ?


samedi 4 juillet 2020

Porto Pozzo

Porto Pozzo, c'est un abri sûr. Il est indiqué ainsi dans notre doc et la profondeur de la calanque laisse bien augurer d'une bonne protection contre la houle qui tord la mer à l'horizon. Mais le vent souffle sans retenue sur ce plan d'eau et les fonds semblent couverts d'herbe, ce qui ne convient pas tellement aux ancres.


Nous avons dérapé. Nous avons brusquement senti le bateau abattre puis partir doucement dans le vent sans plus rien pour le retenir. Le temps de lancer le moteur, de rentrer le mouillage qui traînait, de ranger un peu et nous sommes revenus face au vent à peu près à la même position.

L'ancre une fois repositionnée dans l'eau, il a suffi d'une petite dizaine de minutes et les 7 tonnes du bateau sont reparties encore plus vite dans les rafales. Cette fois, il semble que le mouillage ait glissé sur l'herbe sans s'enfouir.

Il a fallu relever à nouveau, aller un peu plus loin au fond de la baie pour tester la tenue là-bas.
Ça a tenu. Les rafales étaient plus brusques, plus fortes encore à mesure que le temps passait. Nous avons veillé comme on le fait en navigation, prêts à nous précipiter. Ça a croché, même dans les rafales les plus violentes. Le vent a un peu molli à la nuit. Pâtes, antipasti, veille et lecture... La nuit sera vigilante.

C'est fatigant la navigation immobile !

Une autre fois ?

vendredi 3 juillet 2020

Changement de langue



Ca ne se dit pas de la même manière mais le principe est le même. Nous sommes à Porto Pozzo, dans le Nord de la Sardaigne et l'ambiance change.


D'abord, nous avions pensé aller nous poser dans la baie de Liscia. Nous sommes dans les Bouches de Bonifacio et on ne plaisante pas avec le vent et la mer dans ces endroits parmi les plus ventés de la région. L'abri offert par Liscia ne nous a pas plu ; nous n'avons pas imaginé y rester les deux prochains jours pour laisser passer un épisode de vent et de houle qui nous a déjà fait partir un peu plus tôt d'Arbitro.


Alors nous sommes repartis vers Porto Pozzo, une échancrure de cette côte proche des îles de la Maddalena. A défaut d'y être tranquilles, nous devrions être à l'abri.


Au fond, tout au fond, il y a un port un peu désordonné avec ces longs pontons que les Italiens affectionnent, des loueurs de pneumatiques, des bateaux sur bouées, du bazar, de la poussière à terre et de la chaleur, du maquis et une grande plage, des maisons de vacances, quelques commerces, une activité comme l'Italie sait la désordonner. Nous avons changé de monde.


On se croirait plus tôt dans la saison. Les établissements ne sont pas encore tous ouverts, la foule ne semble pas encore là. Ce weekend sera sans doute plus chargé ? Nous sommes quand même dans une région touristique de la Sardaigne.


Arbitro


Il aura fallu se battre un peu pour y arriver. La météo ne nous avait pas annoncé le vent de face et le moteur n'a pas suffi : il a fallu partir au louvoyage contre le vent entre les écueils d'Olmetto.

Les cartes électroniques facilitent bien la navigation, couplées à un GPS qui indique précisément l'endroit où nous sommes, le cap, la vitesse. Nous sommes passés entre les écueils, nous avons évité les roches de l'entrée et nous nous avons pu profiter de ce petit lagon si discret à deux pas de Figari.


Nous n'y sommes pas seuls. Certains restent longtemps ici où ils se trouvent bien, d'autres passent seulement, comme nous.


Nous resterions bien un jour ou deux mais ça ne sera pas possible. Il faudrait se trouver un emplacement plus protégé, dans un recoin, et nous n'avons pas envie de supporter ici les deux mètres de houle que nous prévoit la météo pour vendredi.


Arbitro, ce sera une nuit seulement, une belle balade à terre sur les banquettes de posidonies et le chemin de randonnée proche, de la chaleur et un départ tranquille au matin.