mercredi 15 avril 2020

Coronapente glissante 10

L'Italie est en proie au coronavirus, on le sait bien. Mais pas que... Les ports italiens ne sont plus sûrs. Si des navires affrétés par des organisations humanitaires voulaient y débarquer des migrants clandestins, ils n'en auraient plus la possibilité : on débarque les naufragés dans des endroits considérés comme sûrs. C'est le code maritime international qui le dit. Ces migrants déjà trempés, sans doute fiévreux, épuisés, stressés, voire affamés, le gouvernement italien veut leur épargner un coronavirus qui pourrait leur être fatal. Un beau geste altruiste !


mardi 14 avril 2020

Coronapente glissante 9


 
 
J'ai préféré celui-là, le président de lundi soir, à celui qui nous sonnait les cloches bien avant Pâques, celui qui ne "laisserait pas dire que"..., Jupiter qui menait à la guerre contre une mini bestiole qu'il fallait cerner d'abord, alors on mettait tout le monde derrière et pas une mauvaise tête qui dépasse. 
 
 
Celui-là, celui de lundi 13 avril, il semblait un poil plus humble, en tout cas plus cohérent, plus compréhensif, que ce soit le résultat d'un travail de communicant ou une réelle évolution personnelle. Les mesures annoncées n'étaient pas faciles : prolonger le confinement, c'était mettre une pression extraordinaire sur ceux qui sont mal confinés, fragilisés pour de multiples raisons. Ceux-là qui sont les sujets au centre de la démocratie. Les autres, confortables et gagnants systématiques, ceux-ci se débrouilleront toujours dans n'importe quel régime politique.
 
 
Il n'a pas été très précis au sujet des actions à mener. Comment compenser ces retards presque assumés, comment fabriquer ces produits qui permettront de faire évoluer la situation sanitaire dans le bon sens, quelles formes prendront les aides aux individus ? Autant de questions aux réponses encore bien fragiles. C'est bien pratique de séparer la position présidentielle de l'action gouvernementale : on se retrouve du bon côté des consignes, là encore.
 
 
Oui, l'Europe a bien mieux réagi qu'il y a dix ans, malgré un grippage au démarrage ; oui, l'argent abonde pour compenser les effets de la crise ; oui, l'état d'urgence et les positions caricaturales de certains interdisent un débat pourtant nécessaire sur l'attribution de la manne ; oui, depuis le début, c'est quand même le peuple qui supporte le plus gros poids des contraintes ; oui, ça va durer parce qu'on ne sait pas comment en sortir, de ce merdier.

 
 
 "J'aimerais pouvoir tout vous dire mais en toute franchise, en toute humilité, nous n'avons pas de réponse à cela."
 
 

mardi 7 avril 2020

Coronapente glissante 8

Promis, on confine correctement :


On dort, on fait la grasse...






On bouquine, parfois sur écran...

  

On cuisine, on prend des kilos...

Alors pourquoi toutes ces nouvelles réglementations ? Défense de courir, couvre-feu, interdictions de tous genres sorties de la tête de n'importe qui ayant du pouvoir. Le confinement ne suffirait pas ; il en faut toujours plus.

C'est le retour en enfance, au temps des soumissions, quand l'adulte ne craignait pas de punir un collectif pour la désobéissance d'un individu, quand il fallait faire preuve d'autorité d'abord parce qu'on pensait qu'ainsi on éviterait des débordements ultérieurs.

Tiens, je serais maire, j'imposerais un sens giratoire pour des balades organisées avec les flics comme pions, des balades pendants lesquelles, tous dans le même sens, on ne se rapprocherait pas des autres. Comme sur certaines autoroutes, on tracerait des bandes peintes au sol : deux bandes d'écart, ça va, une seule, danger. Il faudrait du silence pour rester concentrés sur la conduite, un chrono pour rentrer dans l'heure, des contrôles bien sûr, des voisins qui guetteraient depuis les fenêtres, prêts à appeler le 17.

lundi 6 avril 2020

Coronapente glissante 7



Lundi matin, 6 avril, beau temps, bien calme, comme l'est notre vie confinée, loin des zones à risques, du "pic de la pandémie", des services d'hôpitaux surchargés, des travailleurs "au contact".

Au contact, nous ne le sommes pas : les cas sont encore peu nombreux dans notre région, nous nous confinons correctement. Si correctement qu'il serait incroyable que nous soyons au contact du virus. Et alors ?

Alors, il est possible qu'on ne soit pas près de sortir. Nous sommes chanceux à la campagne, en ce qui concerne nos conditions de réclusion : de la place à la maison, du beau temps, un jardin, des espaces libres devant les yeux, de quoi s'occuper les mains et la tête malgré une connexion aux réseaux plutôt affligeante.

Peut-être ne serons-nous pas parmi les premiers  être "libérés" ? Nos défenses immunitaires ? Rien. Notre utilité pour la nation ? Disons pudiquement que notre zone rurale est un autre monde, différent du quotidien des zones et des gens d'influence qui se concentrent habituellement en ville quand ils ne se réfugient pas à l'abri. Rien que pour cet éloignement habituel, ce serait étonnant qu'on passe dans les premiers. Quant à ceux qui ne sont pas comptés dans les "forces vives" du pays, il est envisageable de les laisser attendre encore un peu, en l'absence de traitement.

Imaginons l'idée d'une sortie de la pandémie en essayant de répandre progressivement l'épidémie parmi la population préservée. Ça ne pourrait être dit comme ça ; on ne pourrait volontairement, officiellement, exposer ainsi les personnes fragiles. Il y faudrait des tests, une progressivité maîtrisée loin du laisser-faire, loin de notre élargissement.

C'est pas fini.

samedi 4 avril 2020

Coronapente glissante 6

Mon point de départ est une expression employée par nos politiques de l'exécutif : "Je ne laisserai personne dire...". Il peut s'agir de la sécurité, des violences policières, du confinement face à la menace de Covid 19. Des sujets sur lesquels le gouvernement a fait preuve...
De quoi au juste ?

L'impression que les sujets sur lesquels s'est exercée la fermeté du gouvernement, c'est nous. Car enfin, dans une démocratie, on dit. Chacun parle pour ne rien dire ou pour débattre mais tous l'ouvrent. C'est même un des critères pour reconnaître une démocratie. "Je ne laisserai personne dire..." : l'expression est pour le moins malheureuse. Elle fait penser que le discours bien huilé, l'attitude policée cacheraient des pensées plus martiales à base d'autorité.
Et les pensées martiales, c'est un peu la tendance quand on se déclare "en guerre" contre...
Contre quoi, au juste ?

En guerre contre un coronavirus ? Ça existe une guerre comme ça ? Ou bien il s'agit encore de dramatiser le discours, de (faire) taire les opinons différentes, de faire assaut d'autorité ? Tiens, un peu comme pour l'état d'urgence, histoire d'obtenir les coudées bien franches. Encore l'impression d'avoir un gouvernement qui ne sait pas discuter...
Avec qui, au juste ?

Les actions n'ont pas été plus rapides pour autant : d'abord le confinement qui est venu progressivement après un épisode "premier tour des élections" encore bien controversé. Voir quelques opinions divergentes à partir d'ici ou ici . Je ne suis pas certain de l'intérêt immédiat de cette pétition mais il s'agit d'un sujet qui devra être débattu en fin de crise.

Les masques ont fait pleurer les soignants et rire les cyniques quand ils ont été d'abord déconseillés puis remis au goût du jour selon les disponibilités des stocks qu'on avait largement négligés. Pourquoi ne juste avoir dit qu'il y avait un os, que les politiques en partageaient la responsabilité avec des fonctionnaires ? Ils auraient pu ajouter que ce dysfonctionnement serait à discuter après la crise mais que là, il y avait urgence. Cette attitude aurait été responsable, audible, franche.

Enfin, comment éviter d'évoquer à nouveau le traitement à base de chloroquine ou d' hydroxychloroquine pour lequel une pétition est lancée ici ? Quand on en est réduit à une pétition pour faire exploiter (ou non) dans les délais un traitement, c'est le signe d'un souci de gouvernance. Si les politiques prenaient leurs responsabilités ? Nous sommes dans une situation démente où ce traitement controversé, pas complètement interdit, est utilisé à contre emploi, c'est à dire réservé aux cas lourds pour lesquels ses promoteurs indiquent qu'il ne sert plus mais qu'il faut le donner dès le début des symptômes.

Sans compter que le jour où nos gouvernants changeront d'opinion, il n'y aura peut-être plus de stocks ?
 
 

vendredi 3 avril 2020

Coronapente glissante 5

Biais....


Un scientifique, un professeur, atypique certes, et traînant dans sa carrière des difficultés relationnelles avec ses collègues. Et ses collègues justement, qui récusent ses études parce que leur déroulement n'aura pas respecté le protocole scientifique du temps long.

Le temps devant nous est court. Il faut agir à bon escient. Pas simple dans cet exemple : voici un médicament utilisé depuis quelques décennies dans différents traitements dont le paludisme. Ses effets secondaires, on les tenait pour acceptables comparés au bénéfice du traitement. Acceptables au point que ce médicament était en vente libre jusqu'à la fin 2019.


Il prétend que la charge virale de ses patients a diminué de manière notable ; il dit qu'il ne faut pas attendre pour administrer le traitement mais le faire dès les premiers symptômes ; il affirme qu'on pourrait contenir l'épidémie avec ce moyen peu onéreux et fabriqué localement.

Certains s'inquiètent : les malades qui ont déjà besoin de ce médicament pour un autre traitement craignent une pénurie. Va-t-on les mettre en danger ? A ce sujet, il en est pour remarquer que d'autres pays ont pris des mesures et commandent dès maintenant des quantités importantes . La pénurie serait pour bientôt et ils craignent qu'il n'y en ait plus quand la France se sera décidée à l'utiliser. La situation navrante des masques se reproduirait.


Enfin, il y a tous les scientifiques qui ne croient pas à ce traitement : il leur faut des essais rigoureux, des doubles aveugles, c'est à dire des comparaisons entre des malades traités et d'autres qui ne le sont pas, ce qui pose quand même quelques soucis d'éthique en temps de pandémie. Ils disent qu'un essai européen à grande échelle est en cours. On parle ici de nombres, de statistiques, de cohortes.

C'est à des raisonnements concurrentiels peut-être biaisés qu'on doit l'état actuel de l'utilisation du traitement :
  • il est administré à des malades très atteints quand son promoteur le prescrit dès les premiers symptômes,
  • il est l'objet d'un dénigrement quand on attend un espoir, mais il est pourtant administré vers Marseille, et largement
  • aucune étude ne semble envisagée qui reproduirait les conditions de son utilisation par l'équipe qui le promeut
  • les craintes que l'utilisation de ce médicament suscite ne sont pas toujours très nettes, ou, du moins, leur explication n'est pas toujours bien transparente
  • on n'est pas prêts, on n'est pas prêts pour les tests, on n'est pas prêts pour les traitements, et le public en vient à soupçonner un manque de franchise quant aux moyens disponibles. Le précédent des masques permet quelques soupçons.

Nous ne sommes pas des scientifiques. Nous ne sommes pas des médecins. Nous ne sommes pas des politiques. Nous sommes des patients potentiels ou déclarés. Et nous tous ne sommes sûrs de rien. Ne faudrait-il pas préciser les rôles de chacun ?
  • les scientifiques étudient, donnent des avis ; il leur faut un peu de temps, même s'ils font tous leurs efforts pour se hâter. Les résultats dont ils sont raisonnablement sûrs font avancer le monde vers la connaissance 
  • les médecins agissent sur le terrain à partir de leurs compétences, constatent des effets, tâtonnent, font remonter des avis et peuvent réagir dans l'urgence
  • l'urgence, c'est actuellement le domaine des politiques (pour une fois qu'ils peuvent montrer qu'ils sont efficaces) : après avoir été conseillés, ils doivent être transparents dans leur décisions, ils peuvent fixer des règles, autoriser, gérer, mais ils doivent surtout anticiper : pas seulement leur réélection éventuelle mais les temps à venir. La carence de masques était a priori la conséquence de gestions successives soumises à des courtes vues monétaires. Des politiques conscients du temps long et de leurs devoirs se seraient-ils laissés piéger ainsi ?
  • les patients, s'ils peuvent s'organiser sur le temps long, n'ont aucun pouvoir pendant les urgences. On les retrouvera après, pour remercier les soignants, pour se plaindre de carences, pour se révolter, s'ils en ont les moyens
Parce qu'on ne sait pas dans quel état sera le monde après la pandémie.


Une pensée pour celles et ceux qui, au contact avec le virus, ont bien moins de chances d'y échapper dans les prisons, dans les rues.


Une pensée pour les réfugiés sous des tentes et le froid, et sans accueil. Une pensée pour les habitants de pays au personnel politique indigne. Une pensée pour les pays qui n'ont tout simplement pas les moyens de faire face à la crise.

mercredi 1 avril 2020

Coronapente glissante 4


On a beaucoup écrit sur ces parisiens qui s'offraient des bains de foule et de soleil un dimanche ensoleillé où on leur demandait seulement de voter ; ces parisiens (les mêmes ?) qui ont ensuite perdu 17 % des leurs dans des résidences secondaires ou des locations. Les rues semblent vides, la circulation est clairsemée.


Imaginons : je suis infirmière en province, je bosse comme une malade, je reviens cassée à la maison pour trouver sur ma porte un message m'invitant à déménager le temps de la pandémie parce que mes voisins en télétravail ne souhaitent pas prendre de risques. Si ça se trouve, je viens de soigner un parisien parfumé au Covid 19 et je pourrais me dire qu'il n'aurait pas été plus risqué de partir faire du surf au lieu d'aller voter.


Imaginons : je suis médecin à Paris et je viens de me faire une journée éreintante. Pour rejoindre la station de métro la  plus proche, j'attends un vigile qui va m'escorter et m'éviter ainsi de me faire agresser sur le chemin. Dans la liste des métiers au contact, des emplois indispensables pour maintenir le fonctionnement de notre société, il faut penser aux gardes privés !