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samedi 26 décembre 2020

Coronapente 26

 

 

C'est un monde étonnant que celui de la rencontre entre la société et le coronavirus. Individuellement, chacun ou chacune se débrouille le moins mal possible avec la pandémie mais la gestion collective qui en est faite procure des moments étonnants. Je ne crois pas que le gouvernement se soit ici beaucoup plus mal débrouillé que d'autres, même si je suis persuadé que le démarrage a été compliqué et qu'un peu trop d'autoritarisme ne facilite pas une gestion agile.

 

Je ne veux pas m'appesantir ici sur les masques tellement inutiles pour tout un chacun parce que réservés aux professionnels exposés aux virus à l'intérieur des hôpitaux, des masques déconseillés avant d'être rendus obligatoires à peu près partout sous peine de sanctions. C'était avant, quand le Covid était encore conjugué au masculin et qu'on découvrait l'existence de l'argent magique qui nous avait tant fait défaut auparavant.

 

Il y eut les tests, inutiles, éventuels, avant d'être réservés à certains, conseillés à tous, obligatoires pour certains. Un sujet encore d'actualité en cette fin d'année même si la récente accélération du retour des résultats permet enfin d'en tirer des informations utiles.
 

A ma connaissance, l'utilité des lits des services de réanimation n'a pas été remise en cause. Ils sont nécessaires, alors le gouvernement en crée. Il crée même des lits de réanimation durables et ça, ça me parle. Durable, ça signifie que ces lits vont rester longtemps, longtemps, longtemps... Ben non. La durabilité, elle fonctionne juste le temps de la crise. La durabilité, c'est le temporaire.
 
 
Et les vaccins ? La vaccination débutera dimanche et avec elle la mise en œuvre de la stratégie du gouvernement pour choisir qui sera vacciné et à l'aide de quel vaccin. Mais une évidence a profité d'un moment de lecture pour me sauter aux neurones : ce n'est pas parce qu'on est vacciné qu'on ne sera pas contagieux. Pour convaincre les réfractaires à la vaccination, il va être nécessaire d'argumenter avec finesse, de souligner les avantages. La confiance, c'est pas gagné d'avance.
 
 
Vivement les temps chauds.

mercredi 2 décembre 2020

Coronapente glissante 24

 

Il n'y a pas que le coronavirus dans la vie ; partout c'est moche, ça va mal :
  • En France, combien de traitements contre les cancers, les maladies chroniques, auront été retardés, ajournés, et pour quelles conséquences ? On s'interroge aussi sur la santé mentale en ces temps de confinement
  • Au Japon, il y aurait eu davantage de suicides en octobre que de morts du Covid en 2020
  • Les flics disjonctent, les ministres déconnent, la démocratie se délite...
  • Les théories du complot fleurissent de toutes parts ; on ne croit plus à la vérité, on confond un peu tout, dans un furieux mélange de naïveté et de rancœur
  • Pourquoi vouloir passer par des médias renommés dont les nouvelles nous parviennent en vrac, pas classées ? On ne sait pas s'il est plus important de renoncer à manger du nitrate dans les charcuteries ou de se protéger de la 5G, de marcher 10000 pas dans la campagne ou de faire de la cohérence cardiaque, d'éviter de manger des aliments qui abîment les reins ou ceux qui favorisent le cholestérol
  • Même les ventes de voitures neuves qui flageolent ; par contre, les vieux tacots, ceux qu'on ne veut plus en ville, ils trouveraient leur revanche sur le marché de l'occasion, diesel compris, malgré la France d'en haut qui rêve d'une écologie toute propre.
Et maintenant un objet spatial inconnu fonce vers la  terre. Peut-être une épave d'une fusée lancée il y a des dizaines d'années et qui nous revient sur la tronche, rancunière ? Nommée pour l'instant 2020 ISO, il mesurerait entre 5 et 10 mètres de long. Ce serait peut-être le propulseur de la fusée Centaur lancée le 20 septembre 1966.


Ca ne va plus. Après le pangolin, après le terrorisme, après le réchauffement climatique, voilà désormais l'histoire de nos déchets qui nous rattrape.

jeudi 26 novembre 2020

Corona (les temps du Covid) 22


Lydia Veyrat, Béninoise de 37 ans, est menacée d’expulsion. Elle est en France depuis un an et demi et travaille comme aide-soignante dans un Ehpad de l’Isère. Elle avait touché la prime Covid. Le préfet lui reproche de ne pas avoir apporté la preuve de son insertion dans la société. Il a raison, le préfet : l'insertion d'un Ehpad dans la société n'est jamais prouvée.



On coupe la bûche de Noël en deux et papy et mamie mangent dans la cuisine et nous dans la salle à manger », Les conseils du professeur Salomon pour Noël. Avec des alliés pareils, on n'a  même plus besoin d'adversité...




Les forces de l'ordre évacuent un campement de migrants par la force. Elles y mettent tellement de conviction que le ministre de l'intérieur lui-même s'interroge devant les images rapportées par des témoins alors qu'un ou deux journalistes et quelques migrants anonymes ont été molestés, et que la question de l'hébergement reste pendante. En même temps, la proposition de loi sur la sécurité globale est adoptée à la chambre avec une majorité confortable. Quand deux mondes se croisent sans se voir...



Deux mondes qui vont se rencontrer, ce sont ceux de la police nationale et des milices municipales avec davantage de pouvoirs pour les policiers municipaux. Ce sont les habitants de certains quartiers qui seront bien contents : ils n'auront plus le temps de ranger leurs papiers dans les poches. Ah ! Non. Nous vivons dans un monde libéral, on va pouvoir dégraisser les effectifs de la police municipale ou les réaffecter à certaines missions. 


dimanche 22 novembre 2020

Coronapente 21

 

Les forces de l'ordre sont autorisées à conserver leur arme de service sur eux pendant leurs temps de repos, et désormais cette autorisation vaut aussi quand ils se trouvent dans des endroits clos recevant du public. Je ne sais pas si ça concerne aussi les flasballs. A priori, la démonstration de l'aptitude des policiers à conserver leur sang froid en toute circonstance a été testée avec succès en 2019.

Il était question de protéger les policiers en interdisant toute publication permettant de les identifier. Il était question de flouter leurs visages sur les images prises pendant leurs interventions. Après les masques, voilà le gouvernement est en pénurie de cagoules ?

Un ministre de la santé se débarrasserait volontiers des députés qui l'empêchent de faire correctement son boulot. Encore un qui est au clair avec le rôle des représentants.

Un ministre traite les maires d'irresponsables. Encore un qui est au clair avec la fonction d'élu.

Les journalistes verraient leur travail sur le terrain facilité si eux-mêmes ou leur employeur les accréditait. Il semblerait qu'on pousserait la sollicitude jusqu'à éviter autant que possible de les flanquer en garde à vue ou de leur taper dessus.

Certains ont proposé de rendre obligatoire l'application de traçage gouvernementale contre le Covid pour pouvoir fréquenter les restaurants qui, de toute manière, ne sont pas encore sur le point de rouvrir leurs portes. Il serait sans doute plus efficace de laisser ses papiers d'identité à l'accueil mais j'imagine que le personnel pourrait faire des erreurs en transmettant noms et adresses à la préfecture. Un bon passeport de santé, les compagnies aériennes en rêvent.

L'armée patrouille dans certains marchés jusque dans les Côtes du Nord, haut lieu du terrorisme subi. Il faut bien montrer les muscles. En même temps, on prend des précautions en évitant d'indiquer le régiment d'origine des militaires. Je ne sais pas si les gros flingues sont chargés ; la situation deviendra intéressante quand une patrouille se sera fait agresser pour leur piquer leurs armes.

J'aime quand l'état démontre les avantages de la démocratie et les bienfaits d'une société du dialogue, ouverte, inclusive, égalitaire et bienfaisante.

mardi 17 novembre 2020

Coronapente 20


On connait à peu près son environnement social, et les gens qu'on fréquente régulièrement. Enfin, c'est vrai qu'on les fréquente autrement en ces temps confinés, mais ils sont toujours là et on parvient à se faire une idée de leur façon de vivre, de leurs pensées, même à distance.

Quant aux conditions de vie des populations qui nous sont plus étrangères, c'set plus délicat, on peut  s'attendre à des surprises. Je veux évoquer ici un exemple que je prends auprès des demandeurs d'asile. Tout le monde le sait peut-être mais pas moi. Si j'ai bien compris ce que je viens d'apprendre, à partir de leur demande d'asile et si "tout se passe bien", les demandeurs reçoivent un peu plus de 500 € mensuels pour (sur)vivre en attendant la fin de l'étude de leur dossier. Après, leur statut de réfugiés sera accepté et ils pourront accéder au marché du travail, ou bien ils auront essuyé un refus et ils pourront faire appel ou repartir. Cette règle, je la connaissais.

Ce que je ne savais pas, ce sont les conditions pratiques de ce versement mensuel : la somme est "accessible" via une carte de débit. Et cette carte de débit n'est pas adossée à une banque. Première conséquence : il est impossible de retirer de l'argent à un distributeur. Autre conséquence : tous les magasins n'acceptent pas la carte (certains auraient eu des difficultés pour se faire payer par l'administration).

Alors quand on n'a rien d'autre ? Eh bien, on tente la débrouille. Trouver quelqu'un qui accepte d'échanger pour pouvoir disposer d'un peu d'argent liquide, éviter de se faire confisquer la carte par un profiteur quelconque... En ces temps de confinement, la situation ne doit pas être toujours simple.

Un système que je trouve étonnant. Il aurait été mis en place pour éviter que l'argent versé par l'état soit employé à d'autres fins que la (sur)vie, par exemple pour rembourser un passeur... Ce système très étonnant n'aurait-il pas été initié pour rendre la vie des demandeurs plus difficile ?

Quand on considère des foules depuis une position éloignée, on remarque la cohue, on apprécie les statistiques, et on conçoit facilement l'idée de décourager l'immigration, d'éviter les "appels d'air". C'est quand on doit gérer sa famille entre hébergement précaire et futur fragile qu'on se retrouve ainsi à la merci de n'importe quel incident, un confinement par exemple.

Et puis, avoir de l'argent sans pouvoir en disposer, c'est une drôle de logique qui est ici en œuvre. Cette République si prompte aux contraintes ne peut-elle imaginer que son attitude pourrait se révéler contre-productive ? Est-ce par la force qu'elle prétend faire adhérer à nos valeurs ? Les parents, les éducateurs, les enseignants, les fonctionnaires, savent que ça ne fonctionne pas ainsi, qu'il faut susciter de la compréhension, une adhésion, de l'espoir pour tenter d'éviter que certains se positionnent ailleurs, dans le ressentiment ? Alors que nous vivons une épidémie, des attentats, notre manière de vivre la laïcité est parfois difficile à faire comprendre. L'imposer par la contrainte n'est peut-être pas la seule solution, ni la plus urgente à mettre en place.

jeudi 12 novembre 2020

Coronapente glissante 19


Nous étions deux à nous promener sur ce petit chemin de campagne, et dans le respect le plus strict des mesures imposées par le (re)confinement. Enfin, non, pas tout à fait. Nous avions laissé derrière nous nos attestations que nous n'avions d'ailleurs pas renseignées. Il faut dire qu'à force de les trainer partout, de les gommer puis de les réécrire, le papier s'use.

Nous aussi... un peu. Le confinement nous pèse. Alors on pense à tous ceux qui n'ont pas la chance de disposer d'un espace naturel autour d'eux, même limité à un cercle d'un kilomètre de rayon. Bien sûr, c'est court, un kilomètre à vol d'oiseau : le sommet de la colline d'en face nous est en principe inaccessible alors qu'il semble si proche. Ailleurs, d'autres doivent se dire que ça doit être chouette de distinguer un sommet de colline à quelques kilomètres de distance, tout en étant confiné.


Nous sommes donc sur le chemin. Un cycliste passe, VTT, casque, tenue, chaussures, l'allure de quelqu'un qui n'a pas dû remplir son attestation : on ne s'équipe pas ainsi pour une balade dans le périmètre autorisé. En voici un qui se protège du Covid en soignant son endurance. Peut-être devrait-il se faire établir un certificat médical prescrivant l'effort physique ? Je comprendrais une charte du bon cycloconfiné : je pédale, je ne m'arrête pas pour discuter, j'évite de passer à moins de deux mètres d'un autre humain, je garde mon attestation avec moi.

Il y aurait - pourquoi pas ? - une charte pour chaque activité : les chasseurs auraient été les pionniers ; ils pourraient être imités. Chaque activité justifierait d'un avantage pour la collectivité : après tout, le désengorgement des hôpitaux par le maintien d'une bonne condition physique me semble aussi crédible et justifié que l'urgence de la régulation des nuisibles dans les prochaines semaines.


jeudi 5 novembre 2020

Coronapente glissante 18

Les infos

Je lis que le ministre de la santé, Olivier Veran, s'emporte contre les députés qui ne veulent pas voter l'allongement de l'état d’urgence sanitaire jusqu'en février. Il prend en exemple sa visite d'un hôpital où des patients survivent dans un état alarmant et s'exaspère : "si vous ne voulez pas l'entendre, sortez d'ici", leur lance-t-il. J'ai oublié de vérifier l'endroit où il se tenait au moment de sa diatribe... A l'assemblée ? Non, quand même pas ! Si ? Oh...


Quelques jours plus tôt, Bruno le Maire tançait les maires "irresponsables". Il évoquait les édiles qui avaient pris des arrêtés pour ouvrir les commerces de proximité sur leur commune. Il faudrait faire des maires les adjoints des préfets...


C'est vrai, enfin : à l'heure des discussions concernant l'état d'urgence, quand il s'agit de confier des pouvoirs supplémentaires à un gouvernement qui adore l'autorité, ne serait-il pas normal d'espérer de la part de chaque membre de l'Assemblée un alignement inconditionnel sur les positions de l'exécutif ?

Je ne comprends pas que ce point ne soit pas davantage soulevé dans les comptes rendus ou les articles que je peux lire. Mais je suis confiné et je ne dis rien : des fois qu'on me dise de sortir... 


vendredi 23 octobre 2020

Nouvelle vague (Coronapente glissante 17)

 


Les indicateurs sont au rouge ; les chiffres sont alarmants ; la région ou le département virent à l'écarlate ; c'est l'époque du couvre-feu et l'attente des annonces gouvernementales. En plus, il ne fait pas beau et il semblerait que le virus aime ça, les temps humides.

C'est encore et toujours l'époque des médias simplificateurs, des opinions à l'emporte pièce, des avis tranchés. Ce serait aussi une bonne époque pour le politique, pour nos gouvernants, notre gouvernement, notre président : les voici bien en place, droit dans leurs bottes et le verbe sûr. Ils craignent enfin les petites gouttelettes brumisées à la face de chacun et redoutent le futur confiné, ils réagissent à la menace, ils nous protègent avec autorité et nous frissonnons devant les graphiques alarmants.

Des voix discordantes se font entendre elles aussi. Celles des esprits chagrins qui se demandent si on a bien préparé la sortie du confinement, si on a bien anticipé la deuxième vague.Et puis celles de scientifiques en désaccord avec la gestion, les chiffres, l'atonie économique... Enfin les voix des opposants au port des masques comme il y a ceux qui refusent les vaccins ou l’allopathie. Ces registres de pensées divers ont l'immense avantage de se neutraliser mutuellement, les uns discréditant les autres.

Alors, la nouvelle vague, elle est là ? Elle sera là ? Peut-on la qualifier de vague ? N'est-ce pas autre chose comme une marée qui monte, comme une situation qui s'installe ? Et qui ou que dois-je craindre ? Pour moi, pour mes proches, pour les vieux, contre certains âges de la vie ? On est prompts à diviser : les vieux qu'on préserve sans souci de l'économie, les fragiles qu'on protège sans anticiper les ravages sociaux, les jeunes qui sont toujours trop insouciants et fêtards, les banlieues qui ne respectent jamais rien et les ruraux en sursis...

A 21 heures, promis, je serai tapi chez moi...

samedi 6 juin 2020

Coronapente glissante 16

Hydro
Hydroxy
Hydroxychloro
Hydroxychloroquine  (je crois)
Comment ça pourrait être simple avec un nom pareil ?


Va le prononcer, à l'aise, le coude sur un comptoir ou sur le coin de la salle à manger, devant toute ta foule en délire ! Allez, suivant ton alcoolémie, ta fatigue, les jolis yeux qui te regardent, tu as plus d'une chance sur deux de te planter avant d'avoir articulé correctement la troisième syllabe. A tous les coups, ce "xy" va manquer et tu vas t'en apercevoir, et ça va t'embrouiller davantage et tu auras la haine.

Pas étonnant que l'hydro-machine, tout le monde veuille sa peau ! Pas chère, ancienne, prévue pour le palu (l'Afrique !), imprononçable, elle ne peut évidemment pas nous convenir. 

J'exagère : il y en a qui sont pour. Les fans de la première heure, Raoult par exemple. Mais on en préférerait un qui porte une cravate et soit plus présentable. Il y en a - aussi.

En principe, les vrais scientifiques sont incontestables, eux. Ou alors contestés par leurs confrères dans les limites de la bienséance et avec quelques arguments bien balancés.


Enfin, non, justement, pas avec l'hydro-machine : un coup c'est oui, un coup c'est non, surtout pas ou peut-être. A force de tourner en tous sens, l'opinion scientifique nous donne le tournis.

Ça ne serait pas bien grave mais l'hydro-machine est une fouteuse de bazar à tous les niveaux. Prenez l'OMS : un coup, il faut rechercher si la petite ancienne peut servir à quelque chose, un coup il faut tout arrêter parce qu'une publication a prouvé que c'est pas bon du tout. Irréfutable la dénonciation de l'efficacité de l'hydro-machine. Sauf que même les auteurs de l'étude n'en sont plus trop certains le lendemain. C'est con. Et on se rend compte que cette étude est sans doute largement bidonnée. C'est re-con.

Je me souviens - au début, avec le pionnier Raoult : il prescrivait son traitement dès les premiers symptômes. Vlan, on s'est empressés d'en tester l'efficacité en dernier recours sur des patients en réanimation.

L’hydroxychloroquine a au moins un effet visible : elle nous rend cons. Ah, oui, elle soigne aussi le palu. Et depuis des années. Sans qu'on relève tellement ses contre-indications. Mais c'est pour l'Afrique.

vendredi 15 mai 2020

Coronapente glissante 15

 

Jérôme Cahuzac est médecin. Il est aussi ancien ministre, condamné au port d'un bracelet électronique pour quelques années. Et moi, je ne suis pas copain avec Jérôme Cahuzac.
 
Et je ne m'occupais pas de lui jusqu'à la lecture d'un petit article dans lequel j'appris qu'il vivait en Corse où il travaillait à l'hôpital quelques demi-journée par semaine. Durant le confinement contre l'extension du Covid 19, il a travaillé à plein temps. Il a bossé comme les autres personnels de ces services, en première ligne. La justice l'a autorisé à abandonner son bracelet électronique durant cette période. J'imagine que son port n'était pas compatible avec les contraintes de son activité.


A la fin du confinement, il a été convoqué pour être équipé de nouveau. Certains y voient de l'acharnement. Je n'en sais rien. Je ne sais même pas combien de temps il lui restait à faire. Je me dis qu'en tant que ministre, il devait être irréprochable - ce qui n'avance d'ailleurs pas la réflexion sur le port du bracelet.


 Mais j'apprends plus loin que sa peine était suspendue pendant qu'il s'investissait pour les malades. Elle sera donc allongée des deux mois d'interruption pendant lesquels il soignait. Pense-t-on qu'il était en vacances ? Ne lui doit-on pas, à lui comme à ses collègues, une certaine reconnaissance pour le travail effectué depuis deux mois ? 
 
Où est la morale quand le fait d'avoir travaillé à plein temps ces deux mois lui allonge sa peine d'autant? Comment les juges peuvent-ils camper sur une telle position ?

vendredi 8 mai 2020

Coronapente glissante 14

Une amie vient de téléphoner :  les petites écoles du coin ne rouvriront pas avant septembre. Elle craignait une reprise et revient d'une réunion où presque tout le monde était d'accord pour reporter cette rentrée des classes à l'année prochaine. Elle ne comprend pas la réaction d'une maman déçue qui attendait avec une certaine impatience la réouverture de l'école.

De quoi allonger la liste (interminable) de mes questionnements


lundi 4 mai 2020

Coronapente glissante 13


Il fait soleil... Un vrai temps de printemps avec un matin encore frais et des brumes persistantes contre lesquelles le soleil a bataillé une partie de la matinée. Et puis un ciel bleu, la chaleur, une envie de filer dehors pour en profiter. C'est encore une journée de confinement, c'est la  période du confinement pour une semaine encore. Chacun compte les jours jusqu'à lundi prochain et les levées de certaines interdictions de circulation.


En ces temps d'état d'urgence (mais sanitaire, pas terroriste, celle-là), le ministre de la santé, se prenant pour celui de l'intérieur, a expliqué que la date du 11 mais n'était pas assurée mais dépendait de l'attitude des citoyens dont on attendait qu'ils s'isolent jusqu'au bout. Il s'agissait de jouer le plus longtemps possible sur la diminution de la transmission du virus pour tenter d'éviter une deuxième vague. Lui aussi se met à jouer les pères Fouettard.


Je discutais avec des amis, hier soir. Ils étaient moins critiques que moi en ce qui concerne l'attitude de nos gouvernants et leur paternalisme ombrageux, ils soutenaient sans restrictions l'idée de ce confinement long. Ils le justifiaient tandis nous discutions en plein air à un petit mètre de distance les uns des autres et autour d'un verre, ce qui n'est pas vraiment dans les règles. Nous avons tous nos contradictions.


En tout cas, les gens commencent à s'approprier un peu plus de libertés et on entend ce soir des cris de jeunes qui doivent avoir investi le terrain de jeux communal. Nous sommes déjà en prédéconfinement, une notion qui n'est sans doute pas particulière à notre coin privilégié.

jeudi 30 avril 2020

Coronapente glissante 12


Au début, je n'y ai pas cru. Autour de moi, ceux qui se protégeaient étaient peu nombreux. Et puis ce fut dimanche, il faisait beau et nous sentions de manière encore un peu confuse que les temps allaient bientôt changer, en pire. Certaines régions étaient déjà cruellement touchées. Au bureau de vote, les assesseurs et les votants s'astreignaient à des précautions d'éloignement et de désinfection qui entreraient rapidement dans nos habitudes. C'était notre dernier jour de socialisation de proximité. Après, nous aurions les réseaux sociaux, les apéros vidéos éventuellement, un coup de fil de temps en temps...

Parce que le temps du confinement est venu très vite après celui du vote. Comme si, de leur point de vue surplombant, nos gouvernants n'avaient pas été plus perspicaces que moi, comme s'ils n'avaient pas su comment réagir à ce qui venait d'au-delà des frontières, là où on souffrait déjà.


Puisque nous n'avions pas réagi à l'avance, nous avons été sévèrement confinés. Un isolement que nous avons bien accepté dans l'urgence. Il fallait nous protéger, il fallait protéger les personnes les plus fragiles de cette pandémie et de la saturation des hôpitaux qu'elle provoquait déjà. Ce fut brutal, sans égards pour les difficultés que pouvaient éprouver certains. Le langage est devenu martial et il y avait déjà des sacrifiés pour le bien de la majorité.


Même si nous avons vite compris que le manque de prévoyance et les atermoiements de nos décideurs n'arrangeaient rien, nous avons respecté le confinement. Et les forces de l'ordre se chargeaient de nous en rappeler le caractère obligatoire, du moins pour ceux qui n'étaient pas requis pour faire vivre le pays.


Parce que c'était extraordinaire, le courrier, les poubelles, l'énergie, les provisions, le pays fonctionnait à peu près. Nous en avons repensé l'utilité sociale des professions - en plus pour certaines ou en soupçons de parasitisme pour d'autres. Nous avons applaudi ces soignants que nous n'avions pas su soutenir auparavant, ceux-là qui se débattaient désormais dans des hôpitaux démunis par... par ceux qui n'avaient pas su anticiper mais demeuraient autoritaires et indécis, parfois menteurs et systématiquement exigeants, même dans leurs contradictions.


Le déficit de moyens des hôpitaux, le manque de masques et la comédie de leur (in)utilité, rien de tout ça n'a été reconnu, avoué. Et on a accentué la pression sur la population dans un volontarisme contagieux : après avoir mobilisé des hélicoptères et leurs équipages pour faire la chasse aux randonneurs solitaires, des préfets se sont distingués avec des déclarations obscènes, des gardes à vue ont été prononcées contre des particuliers qui affichaient leurs opinions sur des banderoles, certains maires ont limité les sorties à 10 mètres ou interdit les bancs publics dans une sorte de concours lépine du décret liberticide.


Au bout d'un mois de confinement, nous avons bien fini par comprendre que nous étions un troupeau à encadrer, à contenir, même quand le chef-berger semblait avoir enfin abandonné sa rhétorique guerrière. Les dissimulations portaient désormais sur les tests. Nos bergers sont encore des gestionnaires qui restent dans la réaction (tardive ?) aux événements et peinent à sortir de leur sidération pour dessiner un avenir, confondant volontarisme et bonapartisme, gestion et rétention décisionnelle, science et politique, plus compétents pour manipuler des finances théoriques que des situations complexes de crise.


Reconnaissons que cette compétence ne s'apprend pas facilement. J'aurais néanmoins souhaité souhaité davantage de modestie et d'anticipation, un brin de contrition et une nouvelle aptitude au dialogue, à la confiance, à la recherche de l'implication de tous après ces semaines de communication verticale dictée autant par l'habitude que par l'urgence... Il s'agit maintenant de nous dessiner un avenir. Pas celui-ci.


samedi 25 avril 2020

Covfiction

Il a glissé un œil prudent par la porte entrouverte. La rue restait silencieuse dans l'attente du jour qui s'annonçait dans le ciel. Il était encore tôt mais l'éclairage public était éteint depuis longtemps. Pour qui l'aurait-on conservé ?

Personne en vue. C'était jouable. Il s'est glissé dehors, a tiré la porte derrière lui le plus silencieusement possible. Il a descendu trois marches, vulnérable, visible, inquiet. Les premiers pas étaient toujours les plus difficiles. Dans ces rues désertes, le moindre mouvement se remarquait de loin. Il n'y pouvait rien. Il ne pouvait compter que sur le sommeil des voisins ou leur mansuétude, et la lassitude des agents de la BAC dans le petit matin.

Tourner à droite, filer plus loin, compter maintenant sur la chance dans ces espaces ouverts où on te remarque de loin sans pouvoir te reconnaître : jogging, capuche, baskets, comme tout le monde.
Courir maintenant, la foulée souple, le souffle maîtrisé, pour un moment de joie. Allonger, allonger, aller plus vite sans casser le rythme, sentir l'air passer, souffler, se concentrer dans les sensations du moment. Bientôt le canal et le couvert des arbres.

Ils l'ont vu venir de loin. Papiers d'identité, déclaration sur l'honneur, adresse, questions déplacées, bientôt la fouille s'il se rebelle. Les flics sont de mauvaise humeur à traîner ainsi sans pouvoir vraiment se convaincre de l'utilité de leur patrouille. Surtout qu'ils interviennent sur plusieurs communes et s'y perdent un peu. A côté, il est interdit de s'éloigner de plus de dix mètres de son domicile. Là, il ne faut pas s'asseoir. Ici, il est interdit de courir.


Covfiction


Monsieur le Président,

j'ai longtemps hésité à vous écrire : vous êtes sans doute submergé par le travail à cause de la pandémie actuelle de Covid 19. Et puis, j'ai fini par me persuader de l'utilité de ma démarche.

Autant vous l'avouer tout de suite : j'attends de vous que vous me rendiez un service. Pas seulement à moi, mais à toute une communauté à laquelle j'appartiens.  L'emploi du terme "communauté" reflète une situation beaucoup plus diverse que le sens qu'on prête d'habitude à ce mot mais je n'en ai pas trouvé qui convienne mieux. Nous sommes nombreux, vulnérables, souvent sincères et toujours invisibles.

Mais il faut que je me présente. J'ai plus de deux fois votre âge, j'ai vécu cet état de guerre que vous citiez un jour, mais la mienne se jouait en vrai, contre un ennemi et un système politique détesté. J'ai aussi vécu d'autres guerres dans lesquelles c'était moi qui étais détesté quand j'allais imposer les couleurs de la France dans des jungles hostiles. Mais ce n'est pas le sujet de cette lettre. J'y reviens.

J'aurais peut-être pu avoir cent ans dans quelques années ; la tête va à peu près bien, merci. C'est du moins ce que m'assurent les personnes qui s'occupent de moi dans cet Ehpad. Je suis là parce que je ne suis plus autonome. Pour être franc, il m'arrive de ne plus me contrôler et de salir mes linges. J'ai parfois de la peine à me lever les matins même si je marche seul durant la journée. Je ne saurais faire ma cuisine, ma lessive, mon ménage. J'ai toujours vécu indépendant et je suis maintenant materné du matin au soir. Certaines soignantes s'y prennent bien et j'ai plaisir à les voir quand elles me rendent visite. D'autres crient quand elles s'adressent aux vieux comme à des débiles légers, n'imaginent pas les souffrances de notre dignité et me rendent la vie encore plus difficile. Mais ce n'est pas le sujet. Je vais préciser mes propos.

Toutes ces soignantes (il n'y a que des femmes, le directeur est un homme (jeune comme vous l'êtes - et on le voit peu), toutes ces soignantes prennent très au sérieux la pandémie actuelle. Elles se protègent (depuis qu'elles ont le matériel ad hoc) et nous protègent du mieux qu'elles le peuvent, prennent des précautions inouïes pour nous éviter d'attraper cette saloperie de virus. Il y en a que je ne pouvais pas supporter et que je vois désormais d'un œil nouveau, quand je remarque combien elles sont attentives et attentionnées. C'était sans doute qu'elles ne savaient pas "faire" quand il s'agissait de relations. Remarquez : elles ne savent pas mieux faire maintenant, crient toujours pour me jeter ces formules infantiles qui me font horreur. Mais je sais qu'elles prennent soin de ma santé.

Vous aussi, vous prenez soin de ma santé. De la notre. Nous sommes une population que vous préservez en la confinant dans le confinement général. Et ça dure, et ça dure... Depuis des semaines, je vis cloîtré dans ma chambre et ce n'est pas gai. Le jardin ? Hors de question. Les visites ? Interdites, hors celles du personnel. L'intimité ? N'en parlons pas. Depuis combien de temps n'ai-je pas pris la moindre décision, ne serait-ce que décider d'aller faire un tour, de pisser au rez-de-chaussée plutôt qu'à l'étage, de me laver le soir plutôt que le matin, et justement de faire une grasse matinée.

J'en ai assez, et le fameux "droit de visite" que vous nous promettez comme on pourrait le promettre à des prisonniers, ce "droit de visite" ne m'amuse plus. A mon âge, il est des décisions qui devraient m'appartenir comme celle de risquer un peu plus ma santé pour préserver un peu de liberté. Pour être franc, je vous trouve bien arrogant. Comme beaucoup d'entre nous, vous avez eu la vue un peu basse et le raisonnement trop comptable. Vos réactions  autoritaires, je les se supportais dans l'urgence, elles m'insupportent aujourd'hui quand il s'agit de préparer demain. 

Avez-vous compris ma demande ? Pensez à moi, pensez à nous qui faisons partie des citoyens fragiles. Une société n'est riche que des conditions d'existence qu'elle permet à tous et à chacun, sans oublier quiconque. Quelle misère de devoir encore une fois répéter cette banalité !

Je m'en vais et vous laisse à vos occupations.


mercredi 22 avril 2020

Covfiction

Cher monsieur le Ministre de l'Intérieur,

vous êtes en charge d'un ministère important dans un temps difficile, celui de la pandémie du Covid 19. J'imagine la quantité de travail qui doit être la votre, et les soucis de toutes natures qui vous assaillent, sans parler des injonctions du Président et de la nécessaire cohésion de votre conseil des ministres.

On vous entend moins qu'à une époque. il est vrai que ce sont plutôt les moments du Premier et de la santé mais je crois aussi que vous devez être très occupé à plein temps. D'autant que certains ne vous facilitent pas la tache. Je pense notamment à ceux qui ne respectent pas vos mesures de confinement que je trouve personnellement parfaitement adaptées à la situation. A votre place, j'aurais pris les mêmes décisions ; j'aurais aussi, comme vous le fîtes, commandé ces six-cents drones pour surveiller une population par trop laxiste. Il y a tant de gens qui ne se rendent pas compte du caractère impératif de la nécessité de respecter vos consignes.

Du coup, vos gendarmes sont obligés de travailler, même le weekend, pour verbaliser les impudents marcheurs, ces randonneurs qu'ils sont obligés d'aller débusquer sur les chemins de randonnée et les sentiers isolés de tout. D'où l'intérêt des drones dont vous avez bien remarqué qu'ils étaient parfaitement adaptés à la situation présente. Vous avez eu mille fois raison d'en acheter... beaucoup.

Je ne sais pas si vous y avez pensé, mais il y aura peut-être, sans doute un après. Le confinement ne durera pas comme les impôts et vous risquez de vous retrouver avec tous ces drones sur les bras sans en avoir l'usage. Quand les gilets jaunes manifestent, ils sont regroupés et on peut les tirer à bout portant ou presque : ils ne se cachent pas tellement. C'est d'ailleurs le principe des manifestations que de rassembler les gens : vous allez sans doute devoir les interdire tant que le virus fait des ravages ; voilà au moins un sujet qui ne vous embêtera plus pour un moment.

J'en reviens aux drones, Lorsqu'ils ne vous serviront plus, vous risquez de ne pas savoir qu'en faire. Aussi, je viens vous proposer d'en acquérir un d'occasion, mais vous ne devez pas me le revendre trop cher. Ils ont a priori tout pour me plaire. Vous les avez sans doute choisis comme je l'aurais fait moi-même, en respectant un cahier des charges qui me convient tout à fait : 
  • fiabilité et facilité d'emploi par les gendarmes qui ne sont pas toujours très soigneux avec le matériel
  • une vidéo en temps réel qui fonctionne pour repérer les promeneurs et qui me servira bien pour mes prises de vues aériennes et futures
  • une grosse commande qui fait que j'aurai des pièces détachées

Il me semble que c'est un marché gagnant-gagnant, comme on dit : on ne vous accusera pas de gaspiller les deniers publics et j'aurai du bon matériel d'occasion. Qu'en pensez-vous ?

Dans l'attente de votre réponse, je vous prie d'agréer, Monsieur le ministre, mon profond respect et toute l'expression de ma sympathie.

Un fidèle soutien

jeudi 16 avril 2020

Coronapente glissante 11


C'est dit et redit : on rêve d'une politique de long terme menée avec honnêteté pour sortir de la pandémie, éviter les séquelles du confinement, orienter la sortie de crise vers une meilleure prise en compte des difficultés sociales et environnementales, abandonner aussi les contraintes de ce nouvel état d'urgence sanitaire .


Car ces contraintes pourraient bien perdurer dans nos vies futures... L'état d'urgence précédent a facilement disséminé quelques règlements assez liberticides dans nos vies. Qu'en sera-t-il pour celui-ci, provoqué par un coronavirus qui ne mourra pas brusquement ?


On rêve d'une politique adaptée à la situation. D'ailleurs, peut-être l'est-elle maintenant, adaptée... Mais ne pourrait-elle être réglée de manière plus fine ?


Depuis le début, nous sommes interdits de parcs, de plages, de montagnes, de forêts, de ces étendues plus ou moins désertes sur lesquelles on pourrait se balader de manière autonome. Il ne faut pas oublier que ce qu'on souhaitait éviter, c'était d'abord le contact physique ou la proximité.


Le confinement a été mis en place en urgence et peut-être avec un peu de retard. Il faudrait demander ce qu'en pensent les familles des élus et assesseurs décédés du Covid après le premier tour des élections. Il y a sans doute eu faute. Je la comprends assez : le soir des élections, inconscient de l'urgence du risque, je buvais une bière avec des amis après avoir voté. Mais nous vivons dans une région qui était alors épargnée


Et justement, ne pourrait-on imaginer des variations dans la rigueur des règles du confinement ? Selon les régions, par exemple. A se demander s'il ne faudrait pas déconfiner dans le Cantal ou la Lozère, et à quelles conditions ?


Enfin, c'est terrible de laisser les personnes âgées de nos Ehpads en isolement. A tout prendre, certains préféreraient sans doute courir un risque limité mais garder une vie sociale. Ne pourrait-on imaginer des visites sécurisées ?


Les dégâts de ce confinement long pèseront sur l'état de santé des personnes âgées, des pensionnaires, des enfants en situation fragile, des SDF, de nous tous. Il me semble que nous tous gagnerions à une gestion plus fine, peut-être plus permissive et le plus tôt possible. La gestion sur le moyen terme ne devrait-elle pas être différente de celle de l'urgence ?