jeudi 18 mai 2023

Villefranche, jeudi de l'Ascension

C'est l'après-midi. Le quai est occupé par les tables des restaurants installés "sur l'eau", les tables sont occupées par les clients, l'affluence est maximum, on entend toutes sortes de langues qu'on ne comprend pas en circulant dans les rues, un paquebot de croisière a déversé ses passagers qui se mêlent aux visiteurs habituels.

Grimper dans les ruelles étroites de la vieille ville n'isole en rien, ce sont seulement les terrasses qui occupent moins un espace d'ailleurs chiche. Les jeunes se photographient dans des tenues élégantes, les couples âgés se baladent main dans la main, les familles alternent entre smartphone et glace, quelques habitants se retrouvent dans un jardin public ou installent une chaise dans une rue moins fréquentée, Villefranche s'offre au tourisme en ce jeudi de l'Ascension.

Les filets seraient disposés pour les touristes que ça ne m'étonnerait pas.

C'est un peu l'Italie avec ses façades colorées, ses ruelles à l'ombre des maisons étagées dans la pente. Le port, la vieille ville, la ville moderne avec ses immeubles et ses voitures et plus haut encore, des quartiers qu'on distingue mal depuis la mer : on remarque que c'est construit partout, des immeubles pas trop concentrés, des arbres préservés, sans doute un point de vue superbe sur la baie.

Cocteau à Villefranche 

Pour nous, tout en bas, la rade est un mouillage abrité qui forme une sorte de fjord où nous allons laisser passer ce temps d'Est qui nous impose d'avancer au moteur ou de nous mettre à l'abri selon les jours.

mercredi 17 mai 2023

La baie de l'Olivette

Arôme s'est fait un noeud aux algorythmes cette nuit. Arôme c'est la prédiction des vents locaux, une météo élaborée par Météo France et qu'on trouve habituellement précise et fiable. Elle a un défaut : moins de deux jours de prévision, qu'elle compense par une acuité que les autres météos n'ont pas forcément. Jusqu'à présent, Arôme avait fait un sans-faute.


Et puis ce matin, Arôme nous prévoit un vent d'Est bien soutenu à partir de la fin de la matinée. Nous avons quelques heures devant nous pour rejoindre la baie de l'Olivette, du côté ouest du Cap d'Antibes. Facile : il nous faudra une heure et demie, le trajet est court.
 
On arrive, on cherche un bout de sable pour poser délicatement notre ancre en évitant de ravager les posidonies, et on va faire les courses parce qu'il n'y a plus de pain et même si c'est un drame personnel, c'est une autre histoire. L'histoire de cette fin de matinée, c'est Arôme qui a hoqueté une prévision qu'elle n'a plus confirmé vers midi. Disparu le grand vent d'Est dont nous cherchions la protection ici. Et nous sommes plusieurs à avoir fait le même calcul et nous retrouver ainsi face à un vent... d'Ouest, assez faible, il est vrai, mais le bateau danse un peu, et ce vent devrait se renforcer un peu tout à l'heure. D'après Arôme.
 
Enfin, nous avons pu faire les courses, un petit tour à Juan les Pins : hôtels avec portiers et limousines, villas cossues, société aisée à l'apparence soignée, touristes et domestiques...
 
Nous restons l'après-midi à bord ; il vaut mieux surveiller le bateau avec le temps orageux que nous avons tous les après-midis. La dépression Minerva martyrise l'Italie et elle étend son influence jusqu'à nous. Ce n'est pas toujours drôle de rester enfermés alors qu'il y a toutes sortes de raisons pour aller se promener à terre. On en profite pour tenter une réparation de fortune du plancher de l'annexe qui s'est mise à accepter l'entrée des eaux méditerranéennes vers nos pieds. Ca rentre, ça mouille et ça trempe ce qu'on voudrait poser par terre. Parfois, il n'y a pas que le plancher qui mouille. Je suis rentré tout à l'heure face au clapot et la douche n'était pas chaude.

Les Lérins

C'est lundi soir. Il fait assez frais mais, surtout, le vent souffle et nous en attendons l'essoufflement, la fin, bientôt d'après la météo. Les Lérins, deux îles boisées entre lesquelles il fait bon ancrer parce que c'est joli, parce que l'eau y est claire, parce que les balades sont sympas.
Mais la protection est assez mauvaise.
 
Au sud, les moines sont accueillants sur leur île jardin où ils élèvent du vin et vivent en communauté financée en partie par les visiteurs : souvenirs, vins, repas au restaurant, billets des bateaux...
 
Au nord, l'île plus grande est gérée par la ville de Cannes. Une citadelle, un hameau, un chantier naval, des restaurants, une maison forestière, un château, des forêts, des rivages splendides de rochers ombrés par les pins et même un musée sous marin avec des statues immergées à découvrir en apnée. Nous avons d'abord mouillé près de Sainte Marguerite, côté nord, où la protection devait être meilleure et nous nous sommes ensuite approchés du petit port abri de Saint-Honorat, l'île du monastère, au Sud. Il est marrant ce petit port, presque rond avec une passe étroite. L'accès est possible à condition d'avoir un bateau pas trop grand et de ne pas vouloir rester trop longtemps. A ces conditions, on y trouve une bonne protection, un robinet d'eau, des toilettes à quelques centaines de mètres et on est vraiment tranquilles. Le moine n'est pas rétif aux visites à condition qu'on ne le dérange pas trop (l'île est privée).
 
Un restaurant attend les convives de Cannes, à Sainte-Marguerite
C'est mardi, en début d'après midi, il fait beau, plutôt chaud en dépit d'une pression barométrique basse. C'est un jour de printemps, le festival de Cannes s'anime et envoie quelques embarcations parmi celles qui sont venues à la journée. Sans doute ces vedettes au design épuré ont-elles fait la balade depuis la Croisette où elles repartiront bientôt.
 
Le cimetière musulman de Sainte-Marguerite : c'est ici que la parentèle d'Abd El Kadr fut déportée.

lundi 15 mai 2023

Saint-Raphaël

On n'y aurait sans doute jamais mené la quille sans les conditions de mer qui nous ont fait nous dérouter. Saint-Raphaël nous a bien plus. D'abord l'accueil souriant et tranquille des personnels du port fait plaisir. Et puis nous étions à quai, dans le vieux port. D'un côté les barcasses de pêche, de l'autre les yachts de luxe qui justifient sans doute les investissements. Autour, les immeubles, la ville accessible. Les gens se baladent le long des quais à la manière des italiens et leur passagiata. La fausse note, si l'on peut dire, c'est la musique du restaurant qui nous surplombait jusqu'à trois ou quatre heures dimanche matin. Dommage.


La découverte, ce n'est pas celle de la vieille ville : quelques bâtiments anciens noyés dans le balnéaire des XIX et XX, on peut trouver ça ailleurs.


Saint-Raphaël a eu la chance de posséder une gare où s'arrête même le TGV. Impressionnant de voir les agents de sécurité surarmés de la SNCF par demi douzaine à ce moment.

Bon, c'est plus calme dans les petites rues où les terrasses sont encore à l'écart de l'agitation.


Le truc qu'on a aimé, c'est le musée archéologique, trois étages : préhistoire, photo sous marine, et l'ancienne église avec crypte et exposition à propos du Magenta, un vaisseau à voile et à vapeur qui explosa dans la rade de Toulon alors qu'il rapportait des vestiges archéologiques de Tunisie. Doubles vestiges, sauvés une deuxième fois, cette fois-ci des eaux et du feu.

Ces petits pots transportaient... des fraises :


Une reproduction de la pierre de Rosette :

et la partie consacrée à l'histoire de la photographie sous-marine :



samedi 13 mai 2023

Changer d'avis

Au coucher jeudi soir, du vent mais moins, du clapot encore, et une prévision météo un peu ambiguë. La décision, jouer calme avec un retour tranquille vers la rade d'Hyères, des mouillages bien à l'abri et la programmation d'une lessive.

Au lever ce matin, eh bien vent de face pour revenir ! Allez, on va voir quand même. Grand voile à un ris préventif, on sort de l'abri de l'île de Bagaud pour juger du clapot et du vent. Ça ne nous dit rien de lutter, même pour deux heures qui pourraient facilement se transformer en quatre si les éléments refusaient toute coopération comme le prévoit Arôme, de Météo France.
Demi tour, en route pour le Nord-est, le cap Camarat, plus éloigné mais avec des vents portants, au moins au début.
Dans la première moitié du parcours seulement. Parce que cette mer hachée qui ne nous disait rien ce matin, eh bien là elle était chaotique. Et le vent qui ne voulait plus. Ça n'avançait plus, les voiles battaient. Nous avons modifié notre cap pour trouver une allure qui permette d'avancer à défaut d'être confortable, et c'est Saint Raphaël qu'on atteint après un bon renforcement orageux. Ça remue bien et on l'a trouvé long ce trajet jusqu'au port.

Il faut le trouver. Une grande roue, le dôme de la cathédrale et un grand mur gris terminé par une capitainerie aux allures de tour de contrôle. L'extérieur fait militaire, l'intérieur est accueillant.
Nous sommes logés à une place à quai. Deux bateaux de passage seulement, il y a de la place. Visiter un peu la ville, se doucher, faire un peu de lessive, prendre un peu de repos...

jeudi 11 mai 2023

Y'a du vent

Ce matin c'était calme à La Capte et la météo nous avait assurés que ça n'allait pas durer. Il faut pas rigoler avec la météo, elle a très souvent raison, y compris en ce qui concerne les horaires.
A 14 heures le vent serait rentré. Il est là et nous sommes à Port-Cros depuis la fin de la matinée, au port. Un port pas trop protégé de l'ouest, avec un clapot qui fait danser le bateau. La météo, encore elle, a assuré que le vent devait se calmer en soirée.
Les balades sur Port-Cros, les paysages, la végétation, quel plaisir de retrouver cet environnement ! Le parc est visible partout en gestionnaire omnipotent, plutôt sympathique mais faut pas rigoler. Ici, on préserve l'environnement pris sous l'angle de la nature avec un accès touristique bien compris mais il ne reste plus grand monde qui vive sur l'île d'autre chose que des visites. Abandonnées les cultures maraîchères pour lesquelles un barrage a été érigé, finies les extractions de pierres, les fermes. Même la pêche. Songer que toute une communauté vivait là.
Le soir, un peu d'animation avec un personnel de la capitainerie qui vient nous prévenir que nous ne sommes pas à la bonne place et qu'il faudra déguerpir éventuellement pour se mettre à la panne voisine (ils auraient pu nous prévenir ce matin). D'accord mais ce serait mieux en attendant que le vent se calme 

mercredi 10 mai 2023

Porquerolles, et alors ?


C'est à se demander si nous devons aller plus loin dans l'immédiat ou s'il vaut mieux rester vers les îles d'Hyères pour attendre que le temps se stabilise. La météo est pour le moment assez peu coopérative : ce n'est pas qu'il fasse mauvais, non, mais gagner vers l'Est (le Nord-est en réalité) comme nous l'avions envisagé, eh bien l'idée ne semble pas trop intéressante car on y trouverait des vents contraires ou des mouillages contrariés. Faut-il éviter de perdre du temps et forcer un peu ou alors rester tranquilles dans ce coin où nous risquons de trouver le temps long ?


Mardi, c'est décidé, on ne se prend pas la tête, on fait au plus simple. Balade le matin vers le fort de l'Alycastre. Il n'est pas si chouette que ça, ce fort, mais il domine une superbe crique intentée dans la dernière grande baie (d'Alycastre). C'est très beau sous les arbres, avec une petite plage, la vue dégagée vers le cap des Mèdes et, plus loin la côte en direction de Bregençon puis du Lavandou.

Départ en fin de matinée dans un très léger souffle de Sud-est (on se traine tellement qu'on finira par mettre le moteur). Direction le port d'Hyères pour faire du gasoil (j'aime l'expression, surtout au vu des prix pratiqués ici) puis la plage de la Capte où nous nous mettons à l'abri du vent d'Ouest qui arrive tout à l'heure.
Le temps de faire quelques courses et c'est la pluie... Le temps de la pluie et c'est le vent. Il va souffler plus fort ce soir. Et puis se renforcer avant l'aube. Et les drisses battent sur le mât, il faut les ranger autrement. Et puis la prévision météo semble se dégrader pour les prochains jours. Une vie de bateau.
On va attendre.